Sa conversion n’en est pas moins possible, et certaine aussi bien que sa présence à Chypre[190]. Dans une âme curieuse de vérités pressenties, le miracle dont Paul le rendit témoin détermina la commotion initiale. Il reconnut la supériorité du mage chrétien sur le juif. Un Romain devait être saisi par l’évidence de la force. Ensuite il voulut s’instruire des mystères qu’enseignait l’Apôtre ; il en resta ébloui, et l’Esprit Saint lui fit le don d’y croire.
[190] Une inscription la certifie.
Le premier païen de marque, devenu un disciple, est, dans une province sénatoriale, le délégué de la puissance romaine, l’homme devant qui on portait les faisceaux et les haches. Événement préfiguratif du magnifique avenir ! Même avant Paul, les Apôtres avaient dû songer à soumettre au Christ Rome, tête du monde. Pierre, à une date qu’on ne saurait fixer, établira dans la Ville maîtresse le siège de son apostolat. Cependant, lorsqu’il fit baptiser le tribun Cornélius et les gens de sa maison[191], il avait surtout envisagé cet acte solennel comme une concession voulue par Dieu qui ne regarde pas aux personnes et octroie même aux gentils la vie éternelle.
[191] Actes X, 34-35.
Paul, citoyen romain, comprendra vite que Rome est le moyeu de la roue immense, qu’en partant du milliaire doré, commencement et terme de tous les chemins, l’Évangile courra, plus alerte, jusqu’au bout des terres habitables. Son épître aux Romains dominera par l’ampleur ses autres messages ; captif dans Rome il annoncera aux Philippiens :
« Mes chaînes dans le Christ sont connues de tout le prétoire (du camp des prétoriens) et de tous les autres[192]. »
[192] I, 13.
Et il conclura cette épître, visiblement heureux :
« Tous les saints vous saluent, mais, avant tous, ceux de la maison de César. »
Si la correspondance de Paul avec Sénèque n’est qu’une fiction grossière, elle représente une possibilité, l’effort du prosélytisme chrétien auprès des personnages qui détenaient un renom de puissance ou de sagesse. Il s’attachait à gagner les milieux influents non moins que les humbles. Dans cette pratique, il suivait les exemples juifs, mais avec d’autres méthodes.