Les Juifs, à Rome, dévoués aux empereurs, forts par le nombre et l’intrigue, s’insinuaient au Palatin, s’assuraient des intelligences autour des Césars. Claude les avait, un moment, proscrits. Pourtant, un papyrus le montre, dans les jardins de Lucullus, en présence de vingt-cinq sénateurs, de seize consulaires, d’Agrippine et de ses dames d’honneur, condamnant à mort Isidore et Lampon, deux Grecs, auteurs principaux des progroms d’Alexandrie[193]. Quels manèges, dans la maison impériale, suppose un tel revirement !
[193] V. Juster, op. cit., t. I, p. 125.
Beaucoup de Juifs étaient médecins, et s’introduisaient de la sorte au sein des grandes familles. Les juives utilisaient leur beauté, leurs artifices. Poppée, née Romaine, mais prosélyte de la porte, saura fixer quelque temps la fantaisie amoureuse de Néron.
Les chrétiens, pour se faire place dans l’entourage du prince, auront leur fidélité, leur mansuétude, l’ascendant des vertus discrètes. Les Actes apocryphes de Paul racontent que les plus intimes domestiques de Néron, « Barsabas Justus aux larges pieds, Urion le Cappadocien et Festus le Galate » étaient des chrétiens. On voit, dans le même récit, Paul proclamer devant César la royauté du Christ. Une tradition déformée a peut-être constitué le fond de cet épisode.
Paul espéra-t-il changer le cœur de Néron ? Avant que la foi chrétienne mette à ses genoux l’antique idolâtrie et ses prêtres, l’orgueil et la férocité des Césars, les philosophes, les mages et les courtisanes, il faudra des générations de martyrs, d’apologistes, de saintes femmes ; il faudra patiemment envahir, durant trois siècles, toutes les puissances de l’État. Mais, dès le jour où l’Apôtre rencontre sur sa route la bonne âme de Sergius Paulus, il peut songer prophétiquement :
« Rome est à nous, c’est-à-dire au Christ. Le monde est à Lui. »
En l’an 58, dans l’année même où Paul captif allait partir pour Rome, sur la place du Comitium, au pied du Capitole, le figuier Ruminal, vieux de huit cent trente ans, l’arbre qui avait abrité, croyait-on, l’enfance de Romus et de Romulus se dessécha[194]. Puis, de ses branches mortes, des feuilles nouvelles sortirent. Les Romains virent là un prodige, sans comprendre que Rome devait mourir pour renaître dans la pérennité du miracle chrétien.
[194] Tacite, Annales, XIII, LVIII.
VIII
LA PORTE DE LA FOI
Adalia — jadis Attalia — est un petit port sur la côte de l’Asie Mineure, dans le pays qu’on appelait, au temps de saint Paul, la Pamphylie.