Il manquait encore à ces églises une succession de chefs, capables de transmettre les pouvoirs reçus d’en haut. Chacune d’elles était comme une vigne dont les rejets poussent en liberté, un peu confusément.
Paul et Barnabé leur donnèrent un conseil de presbytres, tel qu’ils l’avaient vu établi à Jérusalem, à Antioche, sans doute sur le type du presbytérion juif. Ce conseil d’anciens, dans les synagogues[220], veillait à la défense religieuse de la communauté, en administrait les biens — elle était personne juridique — la soutenait devant les autorités non juives, et possédait le pouvoir d’excommunier les indignes. Mais les presbytres chrétiens furent investis d’une puissance avant tout spirituelle. Il leur incombait, comme l’écrira Paul à son disciple[221], « de garder le dépôt », d’assurer l’intégrité des mystères et des rites. Après avoir jeûné et prié, les Apôtres choisirent dans l’église les plus aptes, et nous savons les qualités intérieures qu’ils exigeaient. Un presbytre devait être « un homme irréprochable, l’économe de Dieu ; ni présomptueux, ni colérique, ni buveur, ni querelleur, ni cupide, mais hospitalier, ami du bien, sensé, juste, chaste, attaché à la parole de foi selon la doctrine, afin qu’il pût exhorter dans un saint enseignement et confondre les contradicteurs[222] ».
[220] Voir Juster, op. cit., t. I, p. 142.
[221] I Tim. VI, 20.
[222] Tite, I, 7-9.
Les Apôtres leur imposaient les mains, pour faire passer en eux les pouvoirs transmis. Paul recommandera plus tard à Timothée : « Ne te hâte pas d’imposer les mains à qui que ce soit[223]. » C’était une ordination semblable à celle des sept diacres, à celle que lui et Barnabé avaient reçue des presbytres d’Antioche.
[223] I Tim. V, 22.
Après l’élection du presbytérion, ils repartaient, « confiant les frères au Seigneur en qui ils croyaient ». En se rapprochant de Pergé, ils semèrent la parole dans toute la Pamphylie, et, cette fois, ils s’arrêtèrent à Pergé même pour y fonder une église. Ils se réembarquèrent dans le port d’Attalia, atteignirent l’embouchure de l’Oronte et remontèrent le long du fleuve jusqu’à Antioche où ils annoncèrent « les grandes choses que Dieu avait faites avec eux ».
Leur voyage avait duré quatre ou cinq ans, — de 44 ou 45 à 49 ; — le périple de l’exploration n’était pas très vaste ; mais elle configurait le plan de l’avenir. Des sept églises fondées ils savaient, avec leur sublime confiance, que pas une ne mourrait. Et surtout la preuve était faite :
« Dieu ouvrait aux gentils la porte de la foi. »