[247] II Tim. III, 15.
Timothée, enfant, n’avait pas été circoncis ; comme fils d’une Juive, il aurait dû l’être ; Paul voulut qu’il subît cette initiation légale, « à cause, nous dit-on, des Juifs qui vivaient dans ces pays[248] ». Son dessein était d’associer Timothée à sa campagne. Or, il se souvenait trop que les Juifs avaient failli tuer son œuvre et l’assassiner lui-même. Il se préoccupait d’éviter ce qui pourrait encore les aigrir contre lui. Il tenait davantage à démontrer que, s’il faisait la guerre aux judaïsants, il n’était pas l’ennemi juré de la Loi.
[248] Actes, XVI, 3.
Dans les villes où il passa, il propagea comme un pacte de paix entre Juifs et gentils le décret de Jérusalem ; et cette sorte de concordat demeura, plusieurs siècles, pour les chrétiens d’Asie, une charte respectée. La lettre fameuse des églises de Lyon et de Vienne se plaît à rappeler, comme un trait de fidélité aux principes reçus, qu’une martyre nommée Biblis, une Asiatique, après avoir, au milieu des tortures, apostasié, se ressaisit et cria aux païens :
« Comment voulez-vous que des gens à qui il n’est pas permis de manger le sang des bêtes mangent des enfants ? »
D’Iconium, et d’Antioche de Pisidie, Paul remonta vers le Nord, se proposant de pénétrer en Bithynie. Les Galates étaient sur son chemin ; et c’est ainsi que des hommes de sang gaulois, des Celtes barbares, vingt ans après la mort du Christ, eurent la révélation de la foi.
Les Galates descendaient d’une bande d’aventuriers qui, des bords de la Garonne, étaient arrivés jusqu’en Thessalie. Arrêtés aux Thermopyles, ils s’étaient embarqués, avaient ravagé les côtes de l’Asie Mineure[249]. Repoussés vers l’intérieur des terres, ils avaient pris d’assaut les villes phrygiennes d’Ancyre et de Pessinonte, puis s’étaient établis au delà du fleuve Sangarius, groupés, comme dans leur patrie d’origine, en trois tribus, dont l’une, celle que Paul évangélisa, gardait le nom de Tolstibolges ; et l’une de leurs villes, au sud de Pessinonte, s’appelait Tolosichôrion, Toulouse. Auguste, unissant la Galatie du Nord à la Phrygie, à la Lycaonie, avait réduit ces régions en une seule province. Des colonies juives étaient disséminées parmi les Galates, comme partout.
[249] Voir Pausanias, l’Attique, ch. IV.
Ce peuple avait rencontré en Phrygie des inclinations mystiques qui s’accordaient avec les siennes. La violence de l’amour, la folie du sacrifice, s’exaltaient dans les rites sanglants de Cybèle ; autour de son temple, à Pessinonte, les dévots, en dansant et en hurlant, se mutilaient. Il ne faudra pas s’étonner si les judaïsants persuadent aux Galates de s’infliger la circoncision.
L’éloquence de Paul, sa doctrine les émerveilla. Prompts à se donner ils se convertirent en foule. Pendant qu’il traversait le pays, sans vouloir s’y arrêter, il tomba malade. On le combla de soins et d’affection.