« Vous n’avez pas rejeté avec horreur, leur écrira-t-il tendrement, l’épreuve que vous causait ma chair, mais vous m’avez reçu comme un ange de Dieu, comme le Christ Jésus… Je vous rends ce témoignage que, si la chose eût été possible, vous vous seriez arraché les yeux, pour m’en faire don[250]. »
[250] Gal. IV, 15-16.
De cette hyperbole proverbiale on a conclu que Paul fut atteint d’une ophtalmie purulente. Mais les maux d’yeux sont si communs en Orient que le contact d’une telle maladie n’eût pas été, pour les Galates, « une épreuve ». Il vaut mieux supposer quelque fièvre aggravée d’une éruption violente et contagieuse comme la variole.
Paul se souviendra, toute sa vie, du dévouement des bons Galates. Mais il apprendra aussi à souffrir de leur inconstance. Sa doctrine les avait enivrés ; lorsque des judaïsants survinrent après lui et déformèrent son évangile, le peuple galate se laissa berner par eux. Il crut, d’après l’exemple de Timothée, que l’Apôtre faisait de la circoncision un précepte. Cette versatilité l’indigna : « O absurdes Galates, s’écria-t-il, qui donc vous a ensorcelés[251] ? » Et son apostrophe semble franchir les siècles comme les lieux, viser les Français qui se croient modernes, leur manie de verbiage, leur fausse générosité.
[251] III, 1.
A PHILIPPES. LE TÉMOIGNAGE DU SANG
Il avait passé chez les Galates avec l’intention de fonder une église en Bithynie. L’Esprit l’en détourna ; Dieu avait désigné d’autres missionnaires pour cette province ; car, soixante ans plus tard, Pline, dans son rapport à Trajan, se voyait forcé de reconnaître : « Cette superstition (la foi chrétienne) a gagné non seulement les villes, mais encore les bourgades et les campagnes. »
Paul infléchit sa marche vers l’Occident, par la Mysie, suivit la vallée du Scamandre, longeant les pentes touffues du majestueux Ida, et descendit jusqu’à la mer.
Il fit halte à Troas, Alexandrie de Troade, port où Jules César, si nous en croyons Suétone[252], aurait voulu transférer la capitale de l’Empire, et le ramener ainsi à ses origines orientales. César ne se doutait point que l’Empire spirituel et indestructible de Rome partirait, en vérité, du vieil Orient.
[252] Vie de César.