Pendant son séjour à Troas, Paul fut peut-être l’hôte de Carpos, ce Grec généreux, chez qui, dans un troisième voyage, il laissa son manteau[253].

[253] II Tim. IV, 13. « Le manteau que j’ai laissé à Troas chez Carpos, apporte-le. »

Au point de sa course qu’il venait d’atteindre, il pouvait choisir entre deux voies : ou remonter vers les villes d’Asie, vers Éphèse et Milet, ou faire voile pour l’Hellade. Il pria le Seigneur de lui montrer son chemin. Une vision lui répondit. Dans un songe un homme lui apparut, enveloppé d’une chlamyde et portant un haut chapeau à larges bords. Paul reconnut un Macédonien, et cet étranger lui disait d’un ton suppliant : « Passe en Macédoine ; viens à notre secours. » Au réveil, Paul raconta le songe qu’il avait eu ; ses compagnons furent unanimes : le Christ les appelait à évangéliser les Macédoniens.

Ainsi, Paul, au cours de ses missions, n’exécutait pas un plan rigoureux. Il allait ici ou là selon les possibilités de la route, les chances de succès, attentif surtout à l’invisible Guide qui marchait devant lui.

C’est à Troas que surgit, pour la première fois, dans son entourage, avec le « nous » du récit, un compagnon qu’il avait emmené d’Antioche[254] : Luc « le médecin bien-aimé[255] », qu’on retrouvera, même à Rome, auprès de lui. Témoin des gestes de Paul, Luc était qualifié pour devenir son historien. Il serait vain de certifier quelles raisons le déterminèrent à s’effacer dans la plus grande partie de sa relation et à mettre parfois sa personne en évidence. Le « nous » apparaît au moment où Paul va quitter Troas ; mais la manière dont il est introduit fait entendre que l’auteur, déjà auparavant, voyageait avec l’Apôtre. Il disparaît une page plus loin, puis revient au chapitre XX, quand Paul, de nouveau, se rend à Troas ; il persiste jusqu’à ce qu’on atteigne Jérusalem ; il reparaît dans le récit de la traversée et du naufrage devant Malte. On dirait que l’auteur utilise, par instants, un journal du bord, un mémorandum, ses notes immédiates, n’ayant pas eu le loisir de les fondre avec ses autres documents.

[254] Selon une hypothèse très vraisemblable, car Luc était natif de cette ville.

[255] Coloss. IV, 14.

Du quai de Troas, au bas des portiques où des escaliers sont encore visibles, Paul leva l’ancre pour commencer la conquête de l’Europe. A tous égards, il avait le vent en poupe.

Une seule journée de navigation porta le vaisseau près de Samothrace, là où tombe sur la mer l’ombre du mont fatidique[256]. Au nord-ouest de l’île, le long des torrents, se cachaient les temples des Cabires, asiles d’initiations terribles, dont l’idée seule dut suggérer à Paul et à ses disciples l’aversion d’une présence démoniaque.

[256] La montagne de Samothrace a dix lieues de tour à sa base et seize cents mètres de hauteur (voir Le Camus, l’Œuvre des Apôtres, t. II, p. 210).