Il faut de la coquetterie;
L'amour, oui, l'amour veut cela.
Par ce moyen femme jolie
Toujours, oui, toujours règnera.
La chanson en reste là; le vent hurle, la neige tombe; la mère Miche s'endort sur sa quenouille et ronfle. On la réveille, elle se rendort. Les fillettes parlent un instant de l'amoureux infidèle qui trompa sa fiancée pour épouser une veuve et fut transformé en loup blanc la nuit de ses noces. L'une dit que ce n'est pas vrai, et qu'il s'est sauvé en Amérique avec le précieux magot de sa vieille épousée. L'autre soutient la métamorphose. La conversation languit, les yeux s'appesantissent, on ne travaille plus. On se rapproche, on dit du mal de la femme du meunier, qui a jeté un charme à deux garçons du village.
Sur ce, dix heures sonnent.
«Déjà dix heures!—Maman, réveillez-vous et allons nous mettre au lit!»
On se lève, on tourne, on range; les voisines partent. La fermière et ses deux filles restent seules. La cadette ferme soigneusement les rideaux; l'aînée tire les verrous sur la porte de l'allée. La mère va reposer près de l'époux endormi; les deux petites paysannes s'agenouillent sur l'étroit tapis, au pied de leur couchette blanche; elles font tout haut leur prière à l'unisson, s'embrassent et s'endorment.
O sainte simplicité, veillées du soir, refrains naïfs, calme des villages, bonne odeur des fagots, contes toujours les mêmes et toujours amusants, rires francs et honnêtes médisances! Peut-être valez-vous mieux encore que les propos des valseurs bien gantés et que toutes les représentations du grand Opéra.
Ernest, Coiffeur
Cet homme, qui se tient là, sur le pas de sa porte, debout, tête nue, en manches de chemise, entre trois fausses nattes et une figure de cire, c'est Ernest, coiffeur, rue de Corinthe, numéro 13 bis.
La rue de Corinthe est une rue montante, qui grimpe, par une pente assez raide, vers la butte Montmartre, et au bout de laquelle, tout là-haut, apparaissait naguère le tronçon de cette tour Malakoff, décapitée après les jours néfastes de 1870-1871.
La rue de Corinthe est une rue presque aussi galante que montante. Pas beaucoup de bruit, point une grande animation dans cette rue. De rares voitures la gravissent au pas. Les hautes maisons noirâtres, à six étages et à quatre ou cinq croisées de façade, s'alignent régulièrement de chaque côté, le long des deux trottoirs. Aux fenêtres des premiers étages, les rideaux sont doublés de transparents en percaline rose ou jaune, ayant pour embrasses des rubans. Plusieurs hôtels garnis, des crémeries, des étalages de fruitières, un marchand de fleurs naturelles, deux herboristes, une revendeuse, un liquoriste et un coiffeur.