Après le Congrès de Vérone, Chateaubriand, de retour à Paris, reprit ses relations assidues avec Madame de Custine, qui, comptant avec raison sur le dévouement de son ami et sur le crédit qu'elle-même possédait à la Cour, avait entrepris de faire de son fils un Pair de France, ou tout au moins, s'il n'était pas possible d'atteindre immédiatement à ce rang élevé, de lui créer des titres par de hautes fonctions diplomatiques. Chateaubriand approuva ces projets et peut-être en fut-il l'inspirateur.

Quand il arriva au ministère avec M. de Villèle, au mois de décembre 1822, la confiance de Madame de Custine dans le succès de ses espérances s'en accrut encore, et bientôt, renonçant pour Astolphe à cette sorte de stage dans la diplomatie, qui, une première fois, lui avait assez mal réussi, elle sollicita directement la Pairie avec l'ardeur fiévreuse et l'obstination qu'elle mettait à toutes choses. Elle espérait qu'une vie occupée, une haute situation politique, la pratique des grandes affaires exerceraient une influence heureuse sur ce caractère difficile et mal réglé d'Astolphe, qui lui causait tant d'inquiétudes pour l'avenir.

Madame de Custine ne sollicitait pas seulement pour son fils; ses recommandations s'étendaient à beaucoup de ses amis, et Chateaubriand les recevait ordinairement avec toute sa bonne humeur. Mais ce qu'elle ne perdait jamais de vue, c'étaient les intérêts qu'elle avait à coeur. Voici une lettre qui en fait foi:

Je ferai ce que je pourrai pour votre Sous-Préfet. Mais je n'y aurai pas grand mérite, car on n'en est pas du tout aux distinctions, et les royalistes si méchants ne mangeront personne. Ce qui me tient plus au coeur, c'est Astolphe. S'il y a des Pairs, il en sera; mais y aura-t-il des Pairs? J'en doute; dans tous les cas, un peu plus tôt, un peu plus tard, la Pairie ne peut lui échapper. Je crois que vous me retrouverez encore ici; on a besoin de moi pour achever la session. Ainsi, je ne vous dis pas adieu. Je n'ai pas été poussé dans la route que je devais suivre pour être heureux; mais il est trop tard, et il faut que j'achève la route par ce faux chemin.

Mille tendresses à vous; mille souvenirs à tous les amis.

Dimanche, 27 janvier 1823.

Cette lettre était renfermée dans une enveloppe qui devait porter l'adresse, et qui n'a pas été conservée. Madame de Custine était alors à Fervaques, c'est du moins ce que semble indiquer cette phrase: «Il est probable que vous me retrouverez ici», c'est-à-dire à Paris, où elle devait revenir bientôt.

Elle était sans doute de retour peu de temps après, et déjà son amitié jalouse, (était-ce seulement de l'amitié?) avait éclaté en plaintes, quand elle reçut de Chateaubriand la lettre suivante:

Oui, je suis allé voir un soir votre voisine que je n'avais pas vue depuis un an et qui grognait. Depuis ce temps, j'ai été enfermé, travaillant jour et nuit. Avant lundi, jour de mon discours à la Chambre, je ne serai pas libre. Après, je serai tout à vous.

Mille choses aux amis.