Jeudi [20 février].
Madame la marquise de Custine.
Le discours que Chateaubriand préparait alors et que, comme nous le verrons, il prononça le 25 février devant la Chambre des Députés, en sa qualité de ministre des affaires étrangères, était relatif à l'emprunt de cent millions, pour subvenir aux dépenses de la guerre d'Espagne.
Si Chateaubriand et Madame de Custine ne se voyaient pas tous les jours, leur correspondance, du moins, était presque quotidienne. Dès le lendemain, nouvelle lettre à Madame de Custine qui, sans doute, venait de faire part à son ami de quelque bruit de salon sur sa situation précaire au ministère, sur la divergence de vues de ses collègues, sur leur opposition plus ou moins avouée. Cette hostilité qu'on lui signale, Chateaubriand n'en convient pas:
Quel tas de bêtises! Villèle et moi sommes très bien ensemble et il n'y a nulle querelle. Je n'ai pu lire mon discours puisque je n'en ai pas encore une ligne d'écrite et qu'il y a huit jours que je n'ai pas vu Madame de Duras. Moquez-vous de tout cela comme je m'en moque et vivez en paix.
21 [février].
Madame la marquise de Custine.
Le mardi 25 février, Chateaubriand prononça enfin son discours qui eut en France et dans toute l'Europe un immense retentissement. La première personne qu'il en informa fut Madame de Custine: «Le discours est au Journal des Débats. Me voilà un peu plus libre, j'irai vous voir[44].»
Notons en passant que c'est dans le cours de cette discussion de l'emprunt de la guerre d'Espagne, que Manuel fut expulsé de la Chambre des Députés pour avoir fait l'apologie du régicide.
Pendant que Chateaubriand échangeait avec Madame de Custine la correspondance qu'on vient de lire, il n'oubliait pas les relations qu'il avait conservées dans le monde littéraire. Nous trouvons à la date où nous sommes arrivés, une lettre, jusqu'à ce jour inédite, que l'auteur d'Atala adressait à Madame de Genlis. On se souvient du rôle que cette femme célèbre avait accepté dans un des projets de mariage d'Astolphe, lorsque, de 1815 à 1820, sa mère remuait ciel et terre pour lui trouver une femme. C'est elle qui avait négocié avec la fille du général Moreau une union qui faillit se conclure: ses bons offices méritaient assurément de la part d'Astolphe plus de reconnaissance qu'ils n'en obtinrent plus tard.