Et, dominé par cette conception maîtresse, il assigne, comme but suprême à toutes les études, une connaissance plus complète de l'homme, de son organisation, de ses besoins, de ses sentiments, de ses idées, de leurs résultats, des lois naturelles qui régissent l'évolution de son espèce, et par suite de ses devoirs. L'homme, dit-il, est forcé de reconnaître que l'histoire naturelle est assurément «la plus grande et la plus importante de toutes les sciences dont il puisse s'occuper», et qu'il a le plus grand intérêt à la connaître et à l'étudier, «afin de ne point se mettre en contradiction, par ses actions, avec un ordre et une force de choses auxquels il est entièrement assujetti»[19].
C'est pourquoi Lamarck est résolument hostile à la dispersion scientifique; il en pressent le danger; il s'indigne de l'étendue croissante des spécialités qu'il nomme le faux-savoir par lequel «la philosophie des sciences perd de plus en plus la simplicité qui lui est si essentielle; ses connexions intimes avec les lois de la nature disparaissent insensiblement et les théories de ces mêmes sciences, encombrées par une immensité de détails dans lesquels elles continuent de s'enfoncer, obscurcies par les fausses vues dont elles sont remplies, deviennent de jour en jour plus défectueuses»[20].
En outre, non seulement Lamarck ne perd jamais de vue que la science a la philosophie pour couronnement, mais encore la morale et l'intérêt public lui servent aussi de régulateurs. Il n'est pas de ces dilettantes de la science, reclus dans leur laboratoire, qui demeurent indifférents à tout ce qui se passe au dehors.
Le second et le troisième des principes fondamentaux qui ont dirigé sa vie sont ainsi formulés par lui:
«Second principe: dans les relations qui existent, soit entre les individus, soit envers les diverses sociétés que forment ces individus, soit encore entre les peuples et leurs gouvernements, la concordance entre les intérêts réciproques est le principe du bien, comme la discordance entre ces mêmes intérêts est celui du mal.
«Troisième principe: relativement aux affections de l'homme social, outre celle que lui donne la nature pour sa famille, pour les objets qui l'ont entouré ou qui ont eu des rapports avec lui dans sa jeunesse, et quelles que soient celles qu'il ait pour tout autre objet, ces affections ne doivent jamais être en opposition avec l'intérêt public, en un mot, avec celui de la nation dont il fait partie»[21].
Bref, après avoir fait, avec une scrupuleuse sincérité, l'examen de toute sa conscience philosophique, Lamarck conclut lui-même:
«1o que, pour l'homme, la plus utile des connaissances est celle de la nature, considérée sous tous ses rapports;
«2o que, conséquemment, la plus importante de ses études est celle qui a pour but l'acquisition entière de cette connaissance; que cette étude ne doit pas se borner à l'art de distinguer et de classer les productions de la nature, mais qu'elle doit conduire à reconnaître ce qu'est la nature elle-même, quel est son pouvoir, quelles sont ses lois dans tout ce qu'elle fait, dans tous les changements qu'elle exécute et quelle est la marche constante qu'elle suit, dans tout ce qu'elle opère;
«3o que, parmi les sujets de cette grande étude, celle des lois de la nature qui régissent les faits et les phénomènes de l'organisation de l'homme, son sentiment intérieur, ses penchants, etc..... et celles aussi auxquelles sont soumis les agents extérieurs qui l'affectent, ou ceux qui peuvent compromettre tout ce qui l'intéresse directement, doivent attirer son attention et inciter ses recherches avant les autres;