Sa théorie même des causes premières de la vie et des générations spontanées constituait un rigoureux effort, pour arracher à la théologie l'explication de l'origine des êtres organisés et tenter de prouver que la vie résulta, primitivement, d'une manière directe, des milieux matériels.

En réalité, malgré quelques déviations furtives, qui n'altèrent ni sa méthode générale, ni l'ensemble de ses découvertes, Lamarck subordonne toujours l'imagination à l'observation; c'est dans l'observation seule, qu'il puise ses idées les plus lumineuses et ses arguments les plus péremptoires.

«Quant à moi, dit-il, convaincu que les seules connaissances positives que nous puissions avoir, ne sont autres que celles que l'on peut acquérir par l'observation, sachant d'ailleurs que, hors de la nature, hors des objets qui sont de son domaine, et des phénomènes que nous offrent ces objets, nous ne pouvons rien observer, je me suis imposé pour règle, à l'égard de l'étude de la nature, de ne m'arrêter dans mes recherches, que lorsque les moyens me manqueraient entièrement»[15].

Et, dans son testament philosophique, dans son Système des connaissances positives de l'homme, restreintes à celles qui proviennent directement ou indirectement de l'observation, que j'ai signalé plus haut, il écrit encore:

«Je me suis livré constamment à l'observation des faits et me suis ensuite efforcé de rassembler tous ceux qui avaient été constatés par d'autres observateurs. Alors, faisant provisoirement abstraction de mes pensées et de toute opinion admise à l'égard des sujets que je considérais, j'ai longtemps examiné tous les faits parvenus à ma connaissance, j'en ai tiré des conséquences, les unes générales, les autres plus particulières et progressivement dépendantes, et j'en ai formé une théorie dont je présente ici les principes qui la fondent.....


«Ayant une longue habitude de méditer sur les faits observés, ces principes ont obtenu toute ma confiance et ont dirigé toutes les considérations éparses dans mes divers ouvrages»[16].

Aussi déclare-t-il, dans le même ouvrage, que le premier de ses principes est le suivant:

«Premier principe: Toute connaissance qui n'est pas le produit réel de l'observation ou des conséquences tirées de l'observation, est tout à fait sans fondement et véritablement illusoire»[17].

Lamarck n'avait donc plus foi que dans l'esprit positif. C'est pour cela qu'il estime que l'essor de l'intelligence humaine est circonscrit par ce qu'il nomme: «le champ des réalités»[18]; mais, parmi toutes les réalités observables, il en est une qui, par sa nature propre, par son intérêt, par son importance, lui semble infiniment supérieure à toutes les autres: c'est l'homme.