II
La philosophie générale de Lamarck.
Lamarck était imbu de la philosophie du XVIIIe siècle; son esprit offre ce curieux mélange de métaphysique et de positivité, qui caractérisait la plupart de ses contemporains et qu'Auguste Comte, le premier, a définitivement dissocié; il invoque souvent, dans ses explications, «l'auteur suprême de toutes choses», et «la nature»; toutefois, il ne considère pas celle-ci comme un pouvoir arbitraire et sa préoccupation incessante est de découvrir les lois qui la constituent et la gouvernent, en dehors de toute influence surnaturelle.
C'est ainsi qu'il consacre toute la VIe partie de l'introduction de l'Histoire naturelle des animaux sans vertèbres à l'étude «de la nature, ou de la puissance, en quelque sorte mécanique, qui a donné l'existence aux animaux et qui les a faits nécessairement ce qu'ils sont».
Et, d'autre part, il dit: «la nature, ce mot si souvent prononcé comme s'il s'agissait d'un être particulier, ne doit être à nos yeux que l'ensemble d'objets qui comprend:
«1o tous les corps physiques qui existent;
«2o les lois générales et particulières qui régissent les changements d'état et de situation que ces corps peuvent éprouver;
«3o enfin, le mouvement diversement répandu parmi eux, perpétuellement entretenu ou renaissant dans sa source, infiniment varié dans ses produits, et d'où résulte l'ordre admirable de choses que cet ensemble nous présente»[13].
«Je dirai, sans crainte de me tromper, que la nature ne nous offre d'observable que des corps; que du mouvement entre des corps ou leurs parties; que des changements dans les corps ou parmi eux; que les propriétés des corps; que des phénomènes opérés par les corps et surtout par certains d'entre eux; enfin, que des lois immuables, qui régissent partout les mouvements, les changements et les phénomènes que nous présentent les corps»[14].