Est-ce enfin du Cocher de cabriolet, fier du privilége de s’asseoir à côté du bourgeois, avec lequel il cause intrépidement de la réforme, des fortifications, du Théâtre-Français, des procès faits à la presse, de l’Opéra, du tombeau de Napoléon, des banqueroutes, et du cours de la rente?
Pour faire passer sous vos yeux tous ces individus d’allure différente, il faudrait écrire un volume in-8o, et nous ne pouvons accorder qu’un nombre limité de pages à la physiologie des automédons modernes; bornons-nous donc à la monographie du Cocher de Fiacre.
Celui que nous vous présenterons compte maintes années de bons et loyaux services; il a reçu son livret et sa médaille bien avant la Révolution de 1830. La compagnie de loueurs de voitures à laquelle il appartient a souvent récompensé par des gratifications la bonne conduite et la probité du père Gigomard.
Le père Gigomard a quarante-neuf ans; il est robuste, quoique légèrement voûté. La teinte rosée de son nez est l’indice d’une prédilection assez prononcée pour le jus de la treille; il pourrait jouer, tout aussi bien que Mascarille, cette scène de déshabillement qui, dans les Précieuses Ridicules, provoque un rire universel; car il porte un gilet de flanelle, un ou deux gilets, un vieil habit, une redingote et un carrick à triple collet. Aussi, quand ses confrères ont avec lui,—ce qui arrive parfois,—quelque discussion à coups de fouet, ils ne visent jamais qu’à la figure, seule partie vulnérable de son individu.
Le père Gigomard est matinal:
Aussitôt que la lumière
A redoré nos coteaux,
Il commence sa carrière
Par visiter ses chevaux.
Il les panse, les bouchonne, les harnache, nettoie son fiacre, en dégage les panneaux de toute souillure.... Admirez l’élégance et la richesse de ce carrosse de louage! Où sont les voitures de nos ancêtres, lourdes et périlleuses machines, auxquelles ils préféraient avec raison la chaise à porteur et la vinaigrette? Bien des fiacres actuels sont assurément plus commodes que le pesant équipage où montait Henri IV pour aller visiter Sully. Le luxe s’est fait roturier; les progrès du confortable ont été si rapides, que les vieux fiacres, construits sous la Restauration, n’osent plus apparaître au grand jour. Ils ne sortent que le soir, comme des mendiants honteux, tandis que leurs jeunes rivaux étalent en plein soleil de brillantes couleurs.