Notez que lorsque vous prenez un fiacre, vous êtes toujours un bourgeois pour le Cocher; dès que vous n’avez plus besoin de ses services, vous n’êtes plus à ses yeux qu’un monsieur, un simple particulier.

«Par ici, Cocher; arrivez donc! voilà un quart-d’heure au moins que nous attendons!

—Voilà! est-ce à l’heure ou la course?»

Contractez autant que possible à la course; autrement vous soumettez le Cocher à une tentation terrible. Il se trouvera partagé entre le désir de vous conduire promptement à votre destination, et celui d’accroître son salaire en prenant le chemin des écoliers; des remords tardifs saisissent le malheureux voyageur, lentement promené dans les rues les plus tortueuses, les plus encombrées. Il peste contre les fiacres, et

Honteux et confus,

Jure, mais un peu tard, qu’il ne les prendra plus....

qu’à la course; d’autant plus mécontent, qu’à toutes ses observations, l’imperturbable Cocher répond flegmatiquement: «Dam’! Monsieur, il fallait prendre le chemin de fer!»

Le crocodile a, dit-on, pour ennemi, un petit animal appelé l’ichneumon. L’ichneumon du Cocher de Fiacre, c’est le gamin de Paris. Pendant que le père Gigomard poursuit tranquillement sa route, un gamin, déterminé également à ne pas aller à pied, et à ne rien débourser, s’installe sur le marchepied de derrière. Heureusement qu’un passant avertit le Cocher, en lui criant: «Tapez derrière!» Et de vigoureux coups de fouet font instantanément déguerpir le bourgeois de contrebande.

Un mathématicien, membre de l’Institut, connu par sa science et ses distractions profondes, errait un jour dans la rue, poursuivi par un problème; tout à coup il s’arrête devant une sorte de tableau noir, qui n’était autre chose que la face postérieure d’un fiacre, et, ramassant un plâtras, il commence à tracer des triangles et des circonférences. Le fiacre se met en marche; le savant, sur le point de trouver la solution qu’il cherchait, monte sur le marchepied, et il continuait à dessiner des figures de géométrie, quand de rudes coups de fouet, le tirant de son extase, lui firent sentir qu’il n’était pas à son cours du Collége de France.

Les occupations du Cocher de Fiacre varient suivant l’état de l’atmosphère. Durant la semaine, quand le temps est beau, le père Gigomard se croise les bras, et fume dans les deux acceptions du mot. Il est comme les canards, il aime la pluie, dût-elle transpercer son carrick, sa redingote et ses trois gilets.