«Comment! dit-il avec humeur en contemplant le ciel sans nuages, il ne tombera pas une goutte d’eau! ça m’arrangerait pourtant bien; y a tant de monde dehors aujourd’hui! Coquin d’soleil! Y a donc que’que chose de détraqué dans le firmament? Bah! ne perdons pas l’espérance; nous aurons de l’orage ce soir; j’m’en vais toujours casser une croûte.»
Et il retourne à l’enseigne du Cocher Fidèle, où l’attendent une nourriture saine et abondante, et une boisson plus abondante encore, quoique beaucoup moins salutaire. Il est souvent dangereux d’employer le père Gigomard après son dîner. Exposé depuis le matin au froid, à la pluie, il a senti trop impérieusement le besoin de se réconforter, et, communiquant à ses chevaux l’excitation qu’il éprouve lui-même, il prend sa course avec une hardiesse inaccoutumée, dépasse les voitures de maître, entame les bornes, monte à l’assaut des trottoirs.
«Cocher, Cocher! arrêtez donc! où allez-vous? nous versons!»
—Soyez tranquilles, ayez pas peur.
—Cocher! ouvrez-nous; nous voulons descendre.
—Nous arriverons, n’craignez rien,» répète le Cocher flegmatique, croyant fermement qu’il y a un Dieu pour lui; mais ses actions sont moins rassurantes que ses paroles; et les voyageurs dont il compromet la sécurité, sont obligés de se précipiter hors du fiacre, et d’achever la route à pied, après avoir menacé l’imprudent d’attaquer en dommages et intérêts son loueur, civilement responsable.
Deux farces dont le père Gigomard a été victime lui ont toutefois appris la tempérance à ses dépens. Il était un soir à la barrière de la Villette, et, ayant bu plus que de coutume à son dîner, il dormait paisiblement sur son siége, quand des cris, mêlés d’éclats de rire, le réveillèrent en sursaut.
«Ohé, Cocher! êtes-vous pris?
—Où allez-vous?
—Au boulevard Saint-Denis.