En temps de calme, les Chiffonniers ne font la guerre qu’aux animaux domestiques: aux chiens et aux chats, qu’ils vendent à l’équarrisseur. Un dogue vaut de 30 à 40 sous; un chien de moyenne taille, de 5 à 10 sous; un chat, 4 sous en été et 8 sous en hiver. Les tondeurs emploient la graisse de chat, d’autres artisans l’huile de pieds de chien; et les fourreurs s’accommodent des peaux, qui deviennent entre leurs mains du renard noir ou de la marte zibeline. Un Chiffonnier déterminé, agile comme un chasseur de chamois, intrépide comme un tueur d’ours, ferait promptement sa fortune en poursuivant sa proie jusque sur les toits, en pénétrant audacieusement dans l’intérieur des maisons, en affrontant la fureur des portières et les poursuites de l’Autorité.

Il fut dans la famille des Chiffonniers une branche collatérale aujourd’hui proscrite, celle des Gratteurs de ruisseau. Après les pluies d’orage, ils se précipitaient dans les rues, et fouillaient la boue avec une persévérance souvent fructueuse: ils ramassaient de vieux clous, des ferrailles, de l’or même; mais la police les a suspendus de leurs fonctions, sous prétexte qu’ils déchaussaient les pavés.

La chiffonnerie s’étend actuellement dans les campagnes. Des Chiffonniers provinciaux parcourent les villages pour acheter les chiffons, les os, les vieux papiers; mais le véritable Chiffonnier, tel que nous l’avons dépeint, indépendant, insoucieux, ivrogne, abruti, indiscipliné, et toujours Frrrançais! est aussi essentiellement Parisien que la Colonne Vendôme ou l’Arc de l’Étoile.

L’Égouttier.

XXIII.
L’ÉGOUTTIER.

On ignore par quel moyen nos santés sont conservées, comment l’air qui nous environne est respirable, par quel miracle un quartier qui n’était naguère qu’un marais infect se trouve couvert de palais et des plus magnifiques théâtres, parce que la cause de tous ces bienfaits est cachée sous terre.

(Parent-Duchatelet, Essai sur les Cloaques.)