Sous les quartiers de la rive gauche serpentent les égouts de la Salpétrière, de la Ménagerie, de la Halle-aux-Vins, des Grands et des Petits-Degrés, de la place Maubert, de la rue de la Bûcherie et du pont Saint-Michel, de l’École-de-Médecine, de la rue de Seine, de la rue Saint-Benoît, des rues de Poitiers, de Belle-Chasse et de Bourgogne, du Palais-Bourbon, des Invalides, du Gros-Caillou, de l’École-Militaire.

On compte en outre onze égouts pour la Cité et pour l’île Saint-Louis; dans le faubourg Saint-Marceau, six égouts qui tombent dans la Bièvre; sur le quai Voltaire, deux petits égouts à l’usage de maisons particulières; et enfin trois égouts découverts dans les faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau.

Le curage des égouts est fait aux frais de l’entrepreneur-général du nettoiement, sous la direction de l’inspecteur-général de la salubrité. L’entrepreneur fournit les outils et ustensiles nécessaires, mais la surveillance des ouvriers appartient à une administration spéciale, dont le chef-lieu est rue de Nevers, 25. Cette rue est une des plus affreuses de Paris. Large d’environ trois mètres, elle est bordée de maisons noires, décrépites, tremblotantes, dont les pignons lézardés la couvrent d’une ombre éternelle. C’est comme un égout à ciel découvert.

Les Égouttiers parisiens sont au nombre de quatre-vingt-quatre, partagés en divisions de quatorze à quinze hommes. Leur uniforme se compose d’une blouse de toile bleue très-courte et de très-longues bottes de pêcheurs, qui leur sont fournies par l’administration. L’instrument dont ils se servent pour remuer la boue et la pousser vers la Seine est une longue perche terminée en forme de truelle qu’ils appellent rabot.

Tous les matins, vers une heure, chaque division marche au rendez-vous. Elle est commandée par un chef, qui porte sur le devant de son chapeau une plaque de cuivre où sont gravés ces mots:

PRÉFECTURE
DE POLICE.
SERVICE DES ÉGOUTS.
CHEF.

La division tout entière disparaît dans la branche d’égouts qui lui est assignée; deux Égouttiers seulement restent au dehors pour rouvrir le tampon quand il en sera temps. Quoique les fontaines aient coulé de six à sept heures sur le radier, cette descente n’est pas sans danger: il arrive que des gaz délétères enveloppent le travailleur au moment où il atteint le bas de l’échelle. Il tombe suffoqué, il va périr; mais, au risque de partager son sort, ses camarades viennent à son secours. On voit, en pareil cas, éclater ce noble dévouement dont la classe ouvrière a souvent donné des preuves. Le samedi 31 juillet 1841, à onze heures du matin, une division d’Égouttiers était groupée autour d’un tampon dans la rue d’Alger. Un homme manquait à l’appel: il était au fond du gouffre et râlait. La crainte arrêtait ses confrères; leur hésitation prolongée était l’arrêt de mort du malheureux asphyxié... Un jeune ouvrier se fait attacher avec une corde sous les aisselles, parvient jusqu’à la victime, la saisit dans ses bras, remonte avec elle et la rappelle à la vie.

La science a recherché les causes de ces accidents; elle a analysé l’air des égouts, et en a reconnu l’impureté. Tandis que celui que nous respirons se compose de vingt et une parties d’oxygène, de soixante et onze parties d’azote et de quelques millièmes seulement d’acide carbonique, l’air des égouts contient, suivant le calcul de M. Gaulthier de Claubry:

Oxygène13,79
Azote81,21
Acide carbonique2,01
Hydrogène sulfuré2,99
100,00

Cette atmosphère empestée, lorsqu’elle ne tue pas, attaque les paupières et les yeux, et cause de douloureuses ophthalmies; et cependant les Cureurs travaillent souvent dans l’égout de six heures et demie jusqu’à onze heures, sans remonter, à la lueur d’une petite lampe fumeuse. Si elle s’éteignait?... dites-vous; et vous les voyez déjà condamnés au destin du paysagiste Robert, perdu dans les catacombes de Rome: