Cependant il espère... Il pense quelquefois

Entrevoir des clartés, distinguer une voix;

Il regarde, il écoute... Hélas! dans l’ombre immense

Il ne voit que la nuit, n’entend que le silence,

Et le silence encore ajoute à son horreur.

Rassurez-vous toutefois... Les Égouttiers ont une telle habitude de leur noir labyrinthe, qu’ils savent précisément l’endroit où ils sont, et pourraient désigner la rue sous laquelle ils barbottent.

Durant ces tristes occupations, aucune distraction n’est permise. La pipe aurait bien des charmes pour le Cureur: il en aspirerait avec délices les bouffées odoriférantes; cependant, comme il se trouve souvent dans la compagnie des gens que l’odeur de la pipe incommode, on s’en abstient par politesse. Il est défendu de fumer, mais vous pouvez vous asseoir.

Ils sont là, à dix mètres du sol; le bruit des voitures leur parvient confusément; ils suivent à pas lents, le rabot à la main, ces longues galeries qui sont leur domaine. Par intervalles, l’un d’eux pousse un cri de joie: il vient de ramasser une pièce de cinq francs ou une canne à pomme d’or qui, échappée la veille des mains de son propriétaire, est tombée par les fentes d’un tampon; d’autres fois une exclamation d’horreur retentit: les Égouttiers maudissent la mesure qui a supprimé les tours, car ce lambeau sanglant qu’ils ramènent au bout de leur rabot, c’est le cadavre d’un enfant nouveau-né!...

La plupart du temps, ils ne trouvent rien que de la boue, partout et toujours. Cette boue, prétendent-ils, loin d’être malfaisante, a des vertus contre les plaies des jambes et les éruptions cutanées; c’est un onguent, un excellent spécifique; mais il n’a malheureusement point d’action sur les rhumatismes, l’une des maladies ordinaires des Cureurs.

Pendant la marche, le chef qui précède la division examine avec soin l’état de la voûte, et tient note des réparations à effectuer, pour les signaler à l’inspecteur-général.