A ces mots il s’incline, et chacun, étonné,

Admire le bon sens et même l’éloquence

Du commerçant infortuné.

Les juges souriaient de son langage et de son accent; mais ils acquittèrent la pauvre femme.

Quand la fortune favorise les efforts du Marchand de Peaux de Lapins, il ne court plus les rues, loue un grand hangar, qu’il arrange en magasin, y entasse la ferraille, le vieux cuivre, les chiffons. A toutes les ventes qui ont lieu par cessation de commerce, pour cause de décès, ou par autorité de justice, on le voit arriver, concurremment avec une nuée de ses compatriotes, et enlever aux enchères les glaces, les casseroles, les tapis, les tuyaux de poêle, les assiettes, toute espèce d’objets mobiliers. Il répare, brosse, nettoie, polit, rafistole ses acquisitions; recolle la porcelaine; met des pieds aux tables brisées; passe les vieilles commodes à l’encaustique; recoud le linge déchiré, et revend avantageusement sa cargaison. Il réalise même parfois un bénéfice de cent pour cent, en cédant presque immédiatement ce qu’il vient d’acheter. Notre marchand fait alors un commerce considérable, et naît à la vie politique; propriétaire, il devient juré, électeur, officier de la garde nationale, homme influent dans son quartier; et ce qui met surtout le comble à son orgueil, c’est quand le gouvernement récompense le travail heureux et persévérant, la probité constante du riche industriel en le nommant chevalier de la Légion-d’Honneur.

Inutile de dire que ces hautes destinées sont le partage de quelques privilégiés. Le plus grand nombre des Marchands de Peaux de Lapins achète un petit quartier de terre, où ils vivent en paix, plantent des choux, sont aussi fièrement que l’empereur Dioclétien dans son jardin de Salone, et racontent à leurs petits-enfants les merveilles de la Grande Ville.

Le Portier.