N’oublions pas celles qui, débitant des poires dites d’Angleterre, font entendre ce cri patriotique:
«Deux liards l’Angleterre! deux liards les Anglais!»
A neuf heures la cloche retentit, et, dès lors, il faut que les marchandes vagabondes enlèvent leur étalage et disparaissent. Elles restent toutefois embusquées dans les rues qui aboutissent à la Halle, guettant les sergents-de-ville chargés de les mettre en fuite. Du plus loin qu’elles aperçoivent un uniforme, elles battent en retraite comme une volée d’oisillons effarouchés par le chasseur; elles attendent que le représentant de la force publique ait tourné le dos, reviennent sur leurs pas, et recommencent à s’égosiller de plus belle, en criant: «A un sou le tas! voyez, Mesdames!»
L’état de la Halle est le critérium de celui de la Cité. Quand la police est sur les traces d’une grande conspiration, quand les éternels ennemis de l’ordre s’agitent, la bande entière des sergents-de-ville est employée à réprimer l’émeute. Affranchies de toute surveillance, les marchandes des quatre-saisons prennent leurs ébats, campent au milieu de la rue, jonchent le sol de feuilles de choux, jusqu’à l’heure où, le calme étant rétabli, les chapeaux à cornes s’avancent pour expulser les éventaires usurpateurs.
Les jeunes marchandes des quatre-saisons, bouillantes et irritables, ne se soumettent pas volontiers à la domination du sergent-de-ville. Quand celui-ci les surprend immobiles, contrairement aux ordonnances, et veut saisir la charge de leur éventaire, elles se rappellent que, suivant l’axiome de 1789, l’insurrection est le premier et le plus saint des devoirs. Leurs ongles révolutionnaires ont souvent laissé des traces sanglantes sur le visage des agents de l’autorité.
LA MARCHANDE DES QUATRE-SAISONS, regardant de travers son interlocuteur.
Vous voyez bien que je marchais.
LE SERGENT-DE-VILLE, d’un ton sentencieux.
Vous étiez arrêtée, obstruant la voie publique, et gênant la circulation.
LA MARCHANDE, avec vivacité.