Le samedi, 2 octobre 1841, à Clichy, un ivrogne, à moitié endormi, monte dans une voiture de Blanchisseur arrêtée devant un cabaret, s’établit sur des ballots de linge, et ronfle paisiblement. Le propriétaire du véhicule le surprend, le traite de voleur, le chasse à coups de bâton, et l’étend sur le pavé. Au moment où le malheureux se relevait, le chien, détaché de dessous la voiture, s’élance sur lui, le déchire, et le laisse sanglant, défiguré, presque mort. La brutalité dont le Blanchisseur fit preuve en cette occasion est un trait de caractère commun à beaucoup d’industriels de la banlieue.

En consultant l’histoire, on n’y trouve qu’un fait relatif à la Blanchisserie: c’est la comparution des Citoyennes Blanchisseuses de Paris à la barre de la Convention nationale, le 24 février 1793. Elles vinrent présenter une pétition dont l’un des secrétaires fit lecture. «Législateurs, disaient-elles, les Blanchisseuses de Paris viennent dans le sanctuaire sacré des lois et de la justice déposer leurs sollicitudes. Non-seulement les denrées nécessaires à la vie sont d’un prix excessif, mais encore les matières premières qui servent au blanchissage sont montées à un tel degré, que bientôt la classe du peuple la moins fortunée sera hors d’état de se procurer du linge blanc, dont elle ne peut absolument se passer. Ce n’est pas la denrée qui manque, elle est abondante; c’est l’accaparement et l’agiotage qui la font renchérir. Que le glaive des lois s’appesantisse sur la tête des sangsues publiques! Nous demandons la peine de mort contre les accapareurs et les agioteurs.»

Il est fâcheux pour les Blanchisseuses, excellentes et philanthropiques créatures, qu’elles n’aient élevé la voix en public que pour demander des têtes. Le président, Dubois-Crancé, leur répondit vertement: «La Convention s’occupera de l’objet de vos sollicitudes; mais un des moyens de faire hausser le prix des denrées est d’effrayer le commerce, en criant sans cesse à l’accaparement..... L’assemblée vous invite à assister à la séance.»

Ce sont les seuls honneurs que les Blanchisseuses aient jamais reçus d’une autorité constituée.

Le Fort de la halle.

XV.
LE FORT DE LA HALLE.

Dites-moi, je vous prie, d’où vous vient cette force si grande?