Écoutez M. Faustin Hélie, l’éminent criminaliste :
« Toute association suppose deux éléments : un but déterminé et un lien qui unisse les associés. Le signe distinctif des associations est une constitution organique. »
Et, commentant ces lignes si nettes dans leur concision, Jules Favre disait dans le fameux procès des Treize — ô éternel recommencement des palinodies humaines ! Les Treize d’aujourd’hui sont Trente, voilà tout !… — Jules Favre disait :
« L’association suppose, non pas seulement un lien quelconque qui rapproche les hommes, mais encore une convention qui la rend obligatoire ; des intérêts qui se confondent, qui vont à un but commun. Si vous ne rencontrez aucun de ces caractères dans une réunion quelconque, vous pouvez affirmer qu’il n’y a pas d’association. »
Je ne demande pas une constitution, une charte au sens propre du mot. Mais je veux la preuve d’une organisation, tout au moins rudimentaire : une sorte d’administration, comme disait Jules Favre ; de hiérarchie, faute de quoi, avec la meilleure ou la plus mauvaise volonté du monde, il n’y a pas, il ne saurait y avoir d’organisation.
Je n’exige pas des statuts comme ceux que j’ai là sous les yeux.
Ce sont les statuts d’une association célèbre qui a joué un grand rôle dans l’histoire de notre pays et du monde.
Cette association n’a pas, à ma connaissance, percé des foies de présidents de république. Mais elle s’est offert le cou d’un certain nombre de rois — notamment du roi Louis XVI, que Jean Grave appelle quelque part « un brave homme peu fait pour la guillotine » — ce qui prouve que le style de Jean Grave est moins meurtrier que les jugements maçonniques.
Les ressentants de cette association ont même décidé cet acte de haute justice sociale (alors on parlait comme Ravachol) à Wiesbaden, dans un convent célèbre. Où l’analogie devient d’une atroce ironie, c’est que le convent, raconte un chroniqueur, se tint dans une cave !…
Depuis, l’association s’est logée dans des locaux moins humides. Elle a commandé à son grand architecte, celui de la rue Cadet, de lui en bâtir d’autres plus confortables. Elle a déserté les caves, et elle n’use plus de ces endroits, frais mais tristes, que pour y conserver les bons vins qu’elle boit de temps à autre à la santé de la démocratie attérée.