Comment naîtra et vivra cet âge béni du Communisme anarchiste ? Quelle sera sa constitution sociale ? Quelles seront ses lois — car, scientifiquement parlant, il y en a toujours, des lois, même lorsqu’on proscrit le mot ?
Les écrivains de l’anarchie doctrinale, sans nous donner encore une formule bien limpide, s’appliquent à rêver cet avenir mystérieux, et, au point de vue documentaire, au point de vue de l’étude impartiale et courageuse de l’effort cérébral contemporain, je ne saurais trop recommander à l’érudit et au penseur la sereine méditation de leurs rêves étranges.
Lisez les curieuses Lettres sur l’anarchie publiées par la Révolte (7e année) :
L’anarchie ne veut pas condamner la société à la lutte perpétuelle, à l’antagonisme irrémédiable des activités. La raison dont elle procède est la formule de l’ordre universel ; son application sociale édifiera certainement l’ordre social qui ne repose ni sur le mensonge abusivement imposé, ni sur l’erreur d’une sensibilité fugitive.
Nous vérifierons cette possibilité et, au grand jour de l’évidence, nous essayerons la fondation de la société anarchiste, l’organisation rationnelle de ce désordre dont nous menacent les défenseurs intéressés du présent douloureux.
L’auteur a-t-il vérifié au grand jour de l’évidence la possibilité de fonder une société anarchiste, d’organiser rationnellement le désordre qu’on entrevoit à l’horizon ? Ce n’est ici et aujourd’hui ni le lieu ni l’heure de le rechercher. Ce qui vous importe, messieurs, pour la solution de l’affaire, ce n’est point la formule du soi-disant monde futur, mais la méthode prêchée pour créer ce nouvel univers.
Or, le dogme essentiel se traduit en quelques mots :
Le seul lien entre les hommes doit être le « sentiment de la solidarité ». Le seul groupement légitime est « le groupement naturel des mêmes tendances, des mêmes aspirations, des mêmes affinités ».
Il faut abandonner tout le vieux système de groupements autoritaires, de centralisation, de fédération avec conseil directeur.
Il faut que le groupement se forme spontanément.
Rien ne doit lier l’individu au groupe hormis la solidarité des mêmes aspirations. Il s’établit un mouvement libre de relations.
Vous le voyez, messieurs, on ne groupe pas les hommes. Aucune loi, aucun chef pour maintenir les groupements. Seulement, les hommes ont dans leur cœur l’instinct de la solidarité. Ils obéissent à la nature. Les amitiés, les affections, les intérêts les réunissent : mais hors les sentiments et leurs mouvements naturels, rien ni personne — c’est là toute l’anarchie scientifique — n’a le droit de maintenir ces réunions, qui ne peuvent devenir permanentes que par la permanence des instincts qui les ont fondées.
C’est la pure doctrine de Proudhon, quand il écrit le mot célèbre :