En révolution, comme en organisation sociale, il n’y a pour les anarchistes qu’une seule autorité, c’est celle de l’initiative. (2e année, no 26).

Nous sommes révolutionnaires, oui… Mais pour que cette révolution s’accomplisse, il ne suffira pas que les révolutionnaires soient assez nombreux pour passer des aspirations au fait. Comme la société que nous rêvons d’établir ne doit pas s’imposer, mais être la résultante de la libre évolution de tous, il faudra que chaque révolutionnaire soit assez conscient de ce qu’il peut et de ce qu’il doit faire, soit dans la période de lutte, soit dans la période d’organisation, pour pouvoir se passer de mot d’ordre. (4e année, no 7).

Et cette idée revient incessamment dans la Révolte. Pourquoi un mot d’ordre ? Pourquoi une association ? Pourquoi une Franc-Maçonnerie ?

Notre société ne doit pas s’imposer, mais être la résultante de la libre évolution de tous.

Il faut que nos doctrines pénètrent les cerveaux, tous les cerveaux, de façon que l’universelle harmonie soit, non seulement le résultat, mais la cause de la finale évolution.

Une foute d’anarchistes, plus impulsifs ou plus pressés, n’entendent pas de cette oreille, et dans le no 11 de la 4e année, le défaut d’entente devient la scission déclarée. Ce sont les camarades espagnols qui, eux, veulent s’organiser et ont formé des « commissions de relations ». Écoutez la Révolte ; l’article est de Jean Grave : il est bien documentaire :

Vous n’avez pas d’entente, pas de réunions dans lesquelles on prenne des résolutions, nous reprochent encore les camarades. Pour vous, l’essentiel est que chacun fasse ce qui lui plaît.

Certainement, camarades, et nous sommes certains que c’est la seule manière d’agir.

Les camarades espagnols nous disent :

Nous sommes organisés de telle sorte que nous entretenons nos relations ; nous pourrions en avoir avec toute la terre, si les autres pays étaient organisés comme nous.

Quel dommage, Monsieur l’Avocat général, que vous ne soyez pas un avocat général espagnol ! (Rires). Votre besogne serait plus facile. Par malheur pour vous, il n’en est pas de même en France ; écoutez la suite, qui édifiera le jury :

Les anarchistes, certainement, ont passé par la phase que préconisent les camarades espagnols, sans s’y arrêter pourtant…

Nos amis partent de ce principe que l’on peut grouper des éléments en vue de faire la révolution…

Nous autres, au contraire, nous pensons que la révolution viendra en dehors de nous, avant que nous soyons assez nombreux pour la provoquer…

Nous cherchons donc, avant tout, à préciser les idées, évitant toute concession qui pourrait voiler un coin de nos idées ; ne voulant pas, sous aucun prétexte, accepter aucune alliance qui, à un moment donné, pourrait devenir une entrave.

Nous nous opposons aux fédérations qui veulent tout englober, tout faire, tout entreprendre.

… Encore une fois, laissons les idées se préciser, laissons les impatients jeter leur feu, et les théories, devenant plus réfléchies, seront plus conscientes et se coordonneront d’autant mieux qu’elles n’auront rien d’imposé, que l’on n’aura apporté aucune entrave à la libre évolution des esprits. (4e année, no 26).

Quelle entente, Messieurs les Jurés !

Mais voici qui coupe court à toute équivoque. C’est un article intitulé : L’ENTENTE. Nous allons voir ce que l’anarchie doctrinale en pense, de l’ENTENTE qu’on l’accuse d’avoir établie entre les compagnons !

Une chose nous paraît certaine. C’est qu’entre anarchistes français il ne peut plus se constituer de ces organisations entre un petit nombre d’amis, voilées au grand nombre, qui voudraient donner une impulsion et une direction au parti. Si pareille entente se constituait aujourd’hui, elle n’aurait jamais l’importance qu’elle aurait eue autrefois et elle ne vivrait pas… Nous n’avons, d’ailleurs, qu’à nous en réjouir. De pareils groupements, qui ont rempli presque toute l’histoire de ce siècle, peuvent sans aucun doute donner, pour un certain temps, une vie au parti. Ils peuvent lui donner une force d’action, une importance et un certain lustre qu’il n’aurait pas acquis autrement. Mais, au bout de quelques années, toutes ces ententes deviennent une gêne, un obstacle au développement ultérieur. Elles ne permettent pas à l’individu d’atteindre toute la force de son développement. (4e année, no 31).