Tout cela était écrit en 1891. Le temps passe et le ton de la Révolte ne fait que se confirmer. Les numéros de 1892 répètent les mêmes conseils :
Je lis dans le numéro 48 :
Il devient évident que nos amis persistent dans leurs idées d’organisation préalable avec une obstination déconcertante. Ils ne s’aperçoivent pas que le vide grandit autour d’eux et nous présentent un ultimatum : « Passez par ici, ou l’anarchie est perdue. » Gardez vos prédictions, camarades.
Est-ce net ?
De tout ce qui précède dégageons les conclusions.
Il semble que les anarchistes se soient organisés en Espagne et qu’ils aient tenté de se fédérer en Italie. Des Français ont voulu suivre leur exemple. La brochure de 1883 a subi la poussée de cette tentative. Elle n’en a pas été la cause, mais le reflet. Quelques-uns peut-être l’ont essayé : ils n’y ont pas réussi. Et, si l’on veut à toute force faire au journal La Révolte l’honneur d’une grande influence, on peut dire que la vigueur de sa polémique sans trêve fut la cause de leur échec. Ironie des choses ! Cette même Révolte est aujourd’hui présentée au jury comme ayant été le pivot de ce qu’elle a très probablement empêché d’aboutir !… (Mouvement).
Ce qui ressort encore d’une lecture impartiale, c’est que La Révolte n’a jamais prétendu s’imposer au parti anarchiste, qu’elle a écrit pour son compte et le compte de ses amis, qu’elle a fait œuvre de journal et rien qu’œuvre de journal.
Le langage de Grave prête-t-il à la moindre équivoque ? Est-il le langage d’un promoteur, d’un organisateur, d’un leader ? N’est-il pas celui d’un journaliste qui veut n’être que journaliste, parce que c’est là qu’il trouve son devoir et sa mission ? Grave a été un gérant ; Grave a été un rédacteur. En ce qui le concerne, je conçois des procès de presse : tout autre procès est un illogisme, un non-sens ou un parti pris !
Voilà donc la Révolte bien caractérisée : la Révolte a été un journal, et non une conjuration.
C’est à titre de journal que, comme tous les journaux du monde, elle publiait, à sa quatrième page, ces fameuses « petites correspondances » qui, au dire de M. l’avocat général, servaient de lien aux conjurés !