Mais l’Idée, elle aussi, a des droits contre vous, et si vous l’enchaînez, l’Idée vous engloutira !

Vous est-il arrivé quelquefois d’errer le long des grèves, et de promener vos regards sur l’immensité des flots ?

La vague vient mordre le roc ! Et le roc brise la vague ! Et, souriant, vous dites : « Jamais la vague ne détruira le roc ! »

Et puis, le bruit des houles dissipe votre rêverie. Vous regardez à vos pieds, et l’effritement des roches vous apprend la victoire des vagues ; vous regardez à vos côtés, et vous voyez que leur courroux creusa de larges avalures !

Eh bien, le roc c’est vous ; c’est, messieurs, le pouvoir social. La vague, c’est l’Idée, c’est la Pensée humaine ! Le pouvoir social, qui est fait d’intérêts, de possessions et d’égoïsmes, arrête pour quelque temps les fièvres de l’Idée ; mais les frissons, les ardeurs de l’Idée finissent par briser la digue sociale !

Ne vous en inquiétez pas ! et ne maudissez pas les tempêtes de l’Idée ! Les tempêtes, c’est vrai, causent quelques naufrages ; mais savez-vous le rôle et le but de la tempête ? Il est un péril plus sinistre que l’agitation de la houle, c’est le miasme du marais ! Et, si la mer cessait d’être la grande agitée, elle deviendrait la grande empoisonneuse…

Songez à cela, messieurs, oubliez les spectres qu’on agite sous vos yeux.

Ne collaborez pas à des œuvres innommables ! Ne jetez pas Jean Grave en pâture aux appétits !

Ils ne sont pas associés, ces hommes ! Vous le savez, messieurs ! Ne dites pas qu’ils le sont ! Vous parlez sous la foi du serment !

Aucune considération n’excuserait votre parjure !