Jadis, un danger se dressa devant le monde féodal, comme le danger anarchiste menace le monde bourgeois. Mais c’était un danger plus terrible.

Les Albigeois soutenaient les principes qui devinrent plus tard ceux de la Révolution. Le monde féodal se leva, épouvanté ; il revêtit son casque et sa cuirasse ; mais il ne dérangea pas les Parlements ; il ne jugea pas : il tua ; il massacra, il inonda de sang la terre ; mais il ne commit pas cette infamie qui pèse lourd, je vous l’assure, sur les épaules de ceux qui s’en rendent responsables : essayer de donner la couleur d’une sentence de justice à ce qui n’est, au fond des choses, que la brutalité d’une exécution !

La justice ! Messieurs les Jurés !… Elle est l’âme des sociétés humaines !

Un corps sans âme est un corps mort ; si vous voulez sauver votre société branlante, ah ! je vous en supplie, ne tuez pas la justice !

Quand on vous dira : « Ces hommes sont des anarchistes, cela suffit, coupables ou non, frappez-les ! », répondez :

« Non, ce sont là des propos de fusilleurs et non des phrases de justiciers ! Si la justice est impuissante, s’il faut faire encore autre chose, eh bien, faites cette besogne : elle ne nous regarde pas !… » (Applaudissements).

LA MAGISTRATURE ET L’OPINION

POURSUITES CONTRE M. DRUMONT
ET LA « LIBRE PAROLE »
POUR OUTRAGES A LA MAGISTRATURE

Cour d’assises de la Seine
Audience du 12 Octobre 1894.

Sous ce titre : La Magistrature et l’Opinion, M. Drumont publiait dans la Libre Parole du 22 août 1894 un article de psychologie sociale, dans lequel il parlait du « mépris » où, disait-il, sont tombés les magistrats. La cour releva dans ces termes le délit d’outrages à la magistrature et des poursuites furent intentées contre l’écrivain et son journal.

Le 12 octobre 1894, jour de l’audience, M. Drumont fit défaut, et M. Millot, gérant du journal, comparut seul à la barre.

Après la plaidoirie ci-après reproduite, le jury rendit un verdict négatif sur toutes les questions : et le journal fut acquitté en la personne du gérant. Mais la cour, seule compétente pour juger M. Drumont défaillant, le condamna à trois mois de prison et cinq cents francs d’amende.