Messieurs les Jurés,

Je prendrai pour exorde les premiers mots d’une remarquable brochure, que tous les curieux des choses de notre temps devraient lire, qui se recommande au légiste aussi bien qu’au philosophe, à l’homme qui juge comme à l’homme qui réfléchit, et que vous aurez sous les yeux au moment de votre verdict.

Elle émane d’un homme qui n’est pas un journaliste, qui est un des plus distingués collègues de M. l’avocat général, un de nos magistrats les plus érudits et, à coup sûr, les plus impeccables, un juge en qui le Parquet a pleine confiance puisqu’il le charge des instructions les plus délicates, et dont la carrière, toute de travail et d’honneur, est la meilleure des réponses à l’outrance des polémiques : vous avez tous nommé l’honorable M. Guillot.

Elle a pour titre : L’Avenir de la magistrature ; vous voyez qu’elle est de circonstance.

Elle a été publiée en 1891 ! Elle a donc encore le mérite de l’actualité.

Tout son esprit réside en ces cinq lignes que je lui emprunte :

Je viens, quoique magistrat, parler de la magistrature ; je n’éprouve aucun embarras à le faire, étant de ceux qui pensent que la sincérité du langage est la meilleure preuve d’attachement qui se puisse donner.

Je ne changerai qu’un mot, puisque je n’ai pas l’honneur d’appartenir à la magistrature, et, à la cour comme au jury, je dirai :

Je viens, quoique avocat, parler de la magistrature ; je n’éprouve aucun embarras à le faire, étant de ceux qui pensent que la sincérité du langage est la meilleure preuve d’attachement qui se puisse donner.

La sincérité, messieurs, est toujours la vraie méthode ; mais surtout dans les procès tels que celui d’aujourd’hui.