Le Figaro clôt son article par ces mots : « Ici se termine ce qui pouvait être dit. »

Qu’était donc, Messieurs les Jurés, ce qu’on ne pouvait pas dire ?… (Mouvement).

L’honorable conseiller anonyme qui s’est prêté à cette interview n’a pas calculé le travail qu’il préparait à ses collègues, ni supputé le nombre de journalistes qu’il allait mettre à mal.

Désormais, il fera bien de rester silencieux entre la poire et le fromage. Pour l’homme en général, et pour le magistrat en particulier, la crainte du reporter est le commencement de la sagesse…

Demain encore comparaîtra une de ses victimes : M. le commandant Blanc, directeur du Petit Caporal. A l’instar de M. Drumont, M. Blanc fut plus naïf que M. le conseiller qui, lui, a gardé l’anonyme, et, en reproduisant la prose magistrale, il signa la reproduction. Ce qui prouve que la candeur, si elle n’est pas toujours l’apanage des journalistes, est encore moins l’apanage de MM. les conseillers…

L’article du Figaro est donc tombé sous les yeux de Drumont.

Drumont l’a examiné avec sa vision de psychologue et lui a reconnu les signes de l’authenticité. Il s’est dit :

Voilà un magistrat sincère et observateur. Observateur, il observe, en deux circonstances solennelles, que le peuple n’a plus pour sa robe qu’une tendresse modérée. Il en cherche les causes et les énumère. Puis, s’appliquant à définir l’état d’âme de la foule, il y trouve une « mésestime » et un « irrespect flagrant ».

Drumont réfléchit : « Irrespect flagrant ! » « Mésestime ! » songe-t-il ; mais cela signifie : « Mépris ! »

Par un scrupule qui l’honore, il ouvre Littré au mot « Mésestime » et y lit : « Mésestime » : « Défaut d’estime », « Mépris ».