Le 25 février 1894, le jury ne vit dans le livre que la menace : il condamna. Le 9 août suivant, il y aperçut l’idée : il acquitta.

Des deux verdicts, quel fut le plus utile ? De bons bourgeois que je connais, le premier avait presque fait des anarchistes ; je sais des anarchistes dont le second a presque fait des bourgeois. On raconte que l’un d’eux s’en est allé trouver le préfet de police et lui a dit :

— Voulez-vous me laisser tranquille ? Je laisserai tranquille votre société.

— Entendu ! aurait riposté le préfet.

Un autre, tout joyeux, imprima sur sa carte : ex-anarchiste.

J’ai encore devant les yeux la mine stupéfaite des acquittés : des bourgeois leur rendaient la justice ! On ne rend que ce qui existe ! La justice existait donc !… Cela leur brouillait la cervelle…

Ah ! la justice ! Si, carrément, l’on essayait de l’appliquer à tous les maux ? Ne serait-elle pas le bienfaisant dictame, la salutaire panacée ?

Par malheur, trop d’improbités, trop de lâches complaisances opposent leur rempart aux assauts de l’équité, et le vieil arbre social, miné par les parasites, tremblera, chaque jour davantage, sur sa base déracinée. Sa masse résiste encore, et son poids le maintient debout : gare la chute !…

Par quoi le remplacera-t-on ?

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