Si les magistrats parlent ainsi d’eux-mêmes, qu’en dira le public ?

Oui, l’anonyme a raison de parler de « mésestime » !

Oui, M. de Bréville a raison de s’écrier : « Nos arrêts n’inspirent plus confiance ! »

Oui, M. Guillot a raison d’écrire que, cette confiance, la généralité du pays l’a perdue !

Voilà ce que conclut Drumont !

Et Drumont, entraîné par des attestations si hautes, parcourt l’interminable série des lamentables témoignages que l’honorable magistrat apporte à l’appui de son dire !

Je ne puis les citer : j’abuserais de vos attentions bienveillantes.

Un seul échantillon :

Le robin, dans sa robe rouge ou noire, est un être d’une espèce particulière. Tant que le gouvernement sera, ou lui paraîtra fort, il marchera et on n’aura pas besoin de lui demander des services ; il les rendra spontanément. Mais que le gouvernement soit ou paraisse faible, chancelant, qu’on ne soit pas assuré du lendemain, vous pouvez être tranquille, le robin affirmera son indépendance. Le juré peut s’abuser, peut s’égarer, il est homme ; tandis que le juge n’est qu’une machine à condamner ou à acquitter, suivant l’intérêt du moment. Voyez-le à la police correctionnelle jugeant des affaires de droit commun. Sa fonction est de condamner, et il condamne avec la régularité d’une machine à casser du sucre.

Qui écrit cela ? Un homme que, dans une de ses fines chroniques, M. Francis Magnard qualifiait « un des membres les plus appréciés du Sénat ».