Ah ! il est bien fâcheux pour nous que le général d’Andlau soit en fuite ! Il se défendrait pièces en mains, il apporterait ses dossiers, il montrerait ses influences !

Son action, celle du souverain qui était son associé, avaient une telle puissance que, le jour où un ministre a osé leur résister, pour célébrer un tel courage, on a élu le ministre président de la République !… (Mouvement prolongé).

Le trafic des influences, la vente de la Légion d’honneur, mais qui donc en peut douter aujourd’hui ?

Voici des journaux qui sont remplis de renseignements aussi précis que possible sur ce commerce éhonté.

M. le président Bresselles. — Ce sont des articles de journaux !

Me de Saint-Auban. — Oui, monsieur le Président, et si le parquet ne les poursuit pas, c’est qu’il n’ignore point que les dossiers de certains journalistes sont encore mieux garnis que les dossiers des avocats. (Longue sensation dans l’audience).

Sans doute, les acheteurs de croix ne viendront pas se vanter de leur achat à votre barre. Mais voici des documents, des preuves matérielles. Voici des lettres. Je vais les lire. Je tairai les noms dans ma plaidoirie ; vous en prendrez ensuite connaissance et vous direz s’il est vrai que Mme Ratazzi n’avait pas de crédit, et si, lorsqu’elle affirmait un pouvoir dont elle révélait seulement l’apparence extérieure sans découvrir aux yeux profanes le terrible secret de son étendue, elle ne restait pas singulièrement modeste ?

Écoutez :

Un jour, un négociant parisien[8] voulut la croix.

[8] M. Legrand, fabricant de tonneaux en fer.