AFFAIRE WILSON-RATAZZI

Tribunal de la Seine, 10e chambre correctionnelle
Audiences des 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22 février et 20 mars 1888.

Persistant dans son système, le ministère public ne voulut voir dans le dossier Legrand (lire plaidoirie précédente) que la preuve d’une escroquerie nouvelle, et Mme Ratazzi retourna devant la 10e chambre correctionnelle, cette fois en compagnie de M. Wilson.

Mais, le 1er mars 1888, les juges de la 10e chambre, en présence des documents versés au débat, acquittèrent la prévenue.

Seul M. Wilson fut condamné 2 ans de prison, 3.000 francs d’amende, et déclaré privé de l’exercice de ses droits civiques pour une période de cinq années.

On sait que, le 26 mars 1888, un arrêt de la cour de Paris infirma la sentence de la 10e chambre et acquitta M. Wilson.

Messieurs,

Quand un accusé tel que M. Wilson comparaît devant la justice, il ne reste plus de place pour les autres accusés. Innocent, il innocente tout le monde ; coupable, sa responsabilité est si vaste qu’elle couvre toutes les autres et les absout aux yeux de tous. Il y a déjà plus d’un mois, le loyal magistrat en face de qui je me trouve assignait à chacun sa vraie place dans ce débat qui nous attriste et nous émeut jusqu’au plus profond de notre être, parce que nous sentons bien que les questions qu’il soulève touchent à l’honneur politique et à l’intérêt national.

Que m’importent, après cela, les qualifications juridiques ? Que m’importe qu’on me fasse parler le premier dans un procès où je n’aurais pas dû avoir un mot à dire ? Que m’importe qu’on me présente Mme Ratazzi comme l’auteur principal d’un acte dont M. Wilson n’aurait été que le complice ? Dans l’affaire Legrand, pas plus que dans aucune autre, il n’est possible d’abriter le nom de M. Wilson derrière celui de Mme Ratazzi ! Le ministère public n’y a pas songé une minute, il le proclamait hier bien haut dans son réquisitoire ; mon éminent confrère Lenté n’y songe pas davantage ; il vous le dira tout à l’heure, avec cette franchise qui est l’arme des forts.

Une double question me semble à présent résolue : celle du crédit de M. Wilson auprès des pouvoirs publics, et celle du crédit de Mme Ratazzi auprès de M. Wilson.

Depuis longtemps déjà, la première ne faisait plus de doute. M. Wilson a dû, beaucoup moins à ses titres politiques qu’à ses liens de parenté, joints à un prodigieux savoir-faire, une influence gouvernementale inouïe sur le compte de laquelle je me suis expliqué ailleurs et qui ne connaissait guère de bornes que celles de ses désirs. Quel usage a-t-il fait de cette influence ? Quel prix en a-t-il retiré ?

Ses actes ne tombent-ils que sous la loi de la morale ?

Tombent-ils aussi sous le coup des lois du pays ?