« Tout au contraire, les parties d’un tout que l’unité organique vivifie et consacre se tiennent en vérité. Mais quelquefois elles ne paraissent pas se tenir.

« Les travaux qui composent ce volume vont tous au même but, par des routes différentes. Inspirés par un souffle unique, ils n’ont qu’à suivre ce souffle, pour aller en leur lieu, et c’est à ce souffle-là que je les abandonne. Ce lieu, c’est l’unité… L’unité véritable et vivante a droit au chant et au cri, car elle est le battement même du cœur. L’unité, tel est donc dans le fond, sinon dans la forme, le sujet de cet ouvrage. Ce livre est un essentiellement, et divers accidentellement. Son unité consiste à présenter partout les applications de la même vérité… »

Si j’osais marcher sur des traces aussi géniales, je dirais que, moi aussi, méprisant l’unité mécanique, j’ai dédaigné de faire subir à mes discours, « très divers et très semblables », un travail de remaniement. Je les ai trouvés allant au même but par des routes différentes, inspirés par un souffle unique, et c’est à ce souffle-là que je les ai abandonnés. Je crois qu’ils composent un livre, « divers accidentellement, mais un essentiellement ». Mon esprit reconnaît en eux les signes de l’« unité organique », de l’« unité vivante » qui consacre et vivifie les parties d’un même corps. S’ils sont un peu de l’Art, c’est à cette unité-là qu’ils le doivent ; et c’est à elle qu’ils doivent d’être, en vérité, de l’Histoire. Et c’est pourquoi je les publie : ils ont droit au « chant » et au « cri », parce qu’ils sont le battement même de mon cœur. C’est pourquoi, aussi, je les nomme : l’Histoire sociale au Palais de Justice, — titre vaste et ambitieux que je prie qu’on me pardonne, parce que, seul, il m’exprimait.

L’Histoire au Palais !… Elle n’y est pas toujours consolante ; mais où donc est-elle plus dramatique, plus suggestive et mieux documentée ?

Depuis dix ans, l’Histoire au Palais, c’est presque toute l’Histoire. Les notables péripéties adoptent ce théâtre ; elles viennent s’y dénouer, ou tout au moins s’y agiter.

Les sujets que traite l’Histoire varient selon les époques. Elle est diplomatique, artistique, guerrière, procédurière. Elle change de thème et d’acteurs. Avec son répertoire, elle renouvelle sa troupe. Tantôt elle joue des noblesses, et tantôt des vilenies.

Le début du siècle fut essentiellement militaire. Sa fin est essentiellement judiciaire. On a copié son début dans des journaux d’état-major ; on copiera sa fin dans des grosses d’arrêts. Tout événement qui compte aboutit à un procès — ou devrait y aboutir. Il faut que la Psychologie aille s’installer dans les greffes, si elle veut comprendre les consciences actuelles.

Aujourd’hui, trois acteurs se partagent les premiers rôles : le Financier, le Politicien, l’Anarchiste. Tout le reste n’est que comparses, machinistes ou figurants.

Le vrai premier rôle revient sans conteste au Financier. En vérité, il est plus qu’un acteur : il est celui qui tire les fils des marionnettes sur la scène des grands Guignols.

Rien ne bouge que par son ordre.