Il tient l’argent ; il tient l’autorité.
Le peuple ajoute : il tient la justice.
Expliquons-nous.
On dit : il tient les magistrats. — Quelques exceptions, c’est possible : je n’en sais rien. De telles exceptions sont, hélas ! de tous les régimes. — Mais l’ensemble des magistrats, la magistrature : non. Il tient mieux que les magistrats : il tient la loi. C’est bien plus grave : s’il ne tenait que les hommes, on ferait le procès des hommes. Mais il tient les institutions ! Et la loi lui deviendra de moins en moins applicable, car c’est lui qui de plus en plus la fera. Il a consacré le Jeu ; il a légitimé l’Usure ; des modifications récentes au régime des sociétés suppriment, ou peu s’en faut, les recours de l’épargne publique. Son omnipotence est fondée sur des bases indestructibles. Toutes sortes de privilèges, de conventions renouvelées lui livrent le pays pour qu’il en jouisse à son gré.
Cela, remarquez-le, est parfaitement logique. La loi est l’expression de la force régnante. Cette force légifère pour elle et non contre elle — quoi de plus naturel et quoi de plus humain ? Le Féodal, quel qu’il soit, n’a jamais accordé au Vilain qu’un bâton contre sa cuirasse. Or, la force du siècle est l’or. Comment l’or se condamnerait-il ? Il a le droit de s’écrier, pareil au César antique : Legibus vivimus, sed supra leges sumus !
Si l’époque jugeait la Finance, elle cesserait d’être l’époque ; un âge finirait, un autre âge commencerait. On peut arrêter la Finance, l’envoyer à Mazas, la traîner en Correctionnelle ; le juge aura beau la maudire : la force des choses l’absoudra. La loi saluera très bas la fourrure de sa pelisse ou sa grave redingote tachée de rouge à la boutonnière par le signe de l’honneur, et dès qu’il l’apercevra de loin, l’article 405 ira, clopin-clopant, se cacher au fond du Code. Le texte est ainsi conçu que, dans notre Démocratie, un gros monsieur ne peut être un escroc.
Le Financier est roi. Quand il est doublé d’un Juif, sa royauté est invulnérable. Rien ni personne ne le peut détrôner. Jadis, parfois, l’acier d’un glaive perçait la cuirasse de fer ; aujourd’hui, tous les textes s’émoussent contre la cuirasse d’or.
Le Politicien — forcément — tend, chaque jour davantage, à devenir le chargé d’affaires du Financier. Il le devient fatalement. La force régnante l’envoûte.
Quand il n’épouse pas la corruption, il flirte avec elle, au point que les foules se disent : il doit être son amant ! Du reste, plus on va, plus la Finance et la Politique se pénètrent l’une l’autre, pour former un produit bâtard, à l’instar de ces métaux dont les combinaisons chimiques donnent la matière mixte qu’on appelle un alliage. Cet alliage politico-financier sera bientôt la monnaie courante du Parlementarisme jacobin. Combien a-t-il déjà réglé de marchés inavouables et de louches compromissions ? Demandez-le au juif Arton, au docteur Cornélius Herz, à M. le baron Von Reinach !… Mais Arton est atteint de la monomanie des voyages ; le docteur Cornélius Herz souffre d’une agonie chronique ; quant au baron Von Reinach, il n’est plus qu’une ombre juive plongée dans la nuit du Schéo !…