M. Papon. — Aujourd’hui, vous êtes saisis du rapport. Ce rapport, le voici ; il nous a été distribué ce matin, il est très volumineux et je suis convaincu… (Bruit de conversations, qui couvre la voix de l’orateur).
M. le Président. — Je vous prie, messieurs, de cesser ces conversations ; elles imposent à l’orateur une fatigue extrême, et vous me permettrez d’ajouter qu’elles en imposent une non moins grande au président. (Le silence se rétablit).
M. Papon. — Le rapport vous a été distribué à l’ouverture de la séance et je crois qu’il n’y a dans cette enceinte que deux personnes qui en aient connaissance, M. le rapporteur et M. le ministre des travaux publics, qui a déclaré tout à l’heure qu’il le connaissait.
M. Lebaudy. — Et vous aussi, vous le connaissez comme les autres membres de la commission !
M. Maurice Rouvier, rapporteur. — Il vous a été lu !
M. Papon. — Les membres de la commission — et j’en faisais partie — ont bien entendu la lecture rapide de votre rapport. Mais j’ai grand’peur qu’il n’y ait de très nombreuses lacunes dans ce rapport, de même qu’il y a eu de très nombreuses lacunes dans la discussion de la commission ; il est évident que les membres de la commission ne peuvent pas dire qu’à l’heure actuelle ils connaissent le rapport qui a été distribué.
Et dans trois jours on va discuter ! Une huitaine est-elle de trop ?… Peine perdue ! Le Centre a fait son siège ; les Conventions sont nécessaires : c’est le ministre qui l’a dit :
Elles sont intimement liées au budget extraordinaire, elles sont liées aussi à la situation financière tout entière, elles sont liées au relèvement du marché financier, dont doivent se préoccuper légitimement tous ceux qui ont le juste souci des intérêts du pays.
D’ailleurs, nous disons que ces Conventions financières ont stipulé pour l’État de tels avantages dans le présent et dans l’avenir qu’il y a opportunité à les adopter.
« Ce sont les Compagnies qui sont victimes ! C’est l’État qui les a dupées !… »
Oh ! alors, plus d’hésitation possible ! Qu’on se hâte ! Si les Compagnies allaient changer d’avis ? D’ailleurs, le mot opportunité a le don d’enlever le Centre. Et aussitôt les trois cents mameluks de la majorité, ces prétoriens de l’opportunisme votent sans vouloir rien entendre, comme un projet de loi d’intérêt local, ces fameuses Conventions qui enchaînent les générations futures !…
Quels sont donc, grand Dieu ! dans le présent et dans l’avenir, ces avantages tels qu’il y avait opportunité à les adopter ?
Serait-ce par hasard la réduction des tarifs ?
Ah ! les tarifs ! Voilà la question palpitante ! Voilà ce qui importe au pays ! Le prix du transport des personnes et des biens : tout est là !
Il y a dix ans que nous nous occupons des chemins de fer : depuis sept ou huit ans, j’ai l’honneur de faire partie des commissions de chemins de fer ; la grande préoccupation de toutes ces commissions, jusqu’à présent, a été la question des tarifs. (Approbation sur plusieurs bancs à gauche). Tout le monde, les membres du Gouvernement eux-mêmes, l’honorable M. Raynal, quand il était membre de cette commission, M. Baïhaut qui en a été le rapporteur, ont été unanimes à déclarer que la question des tarifs est la question dominante des chemins de fer.
Or, dans quelles conditions la commission a-t-elle eu à examiner, à discuter cette question des tarifs ? On a procédé de cette singulière façon : on a d’abord approuvé toutes les Conventions, puis on a lu à la commission de simples lettres émanant des directeurs des Compagnies, qui ne s’engagent à rien et font des promesses plus ou moins vagues, plus ou moins évasives ; et on nous a dit : Les Conventions acceptées, on traitera avec les Compagnies et on verra dans quelles conditions on réglera la question des tarifs. » (Discours de M. Papon, séance du 13 juillet).
Que ces simples lettres missives n’engageassent pas juridiquement les Compagnies, ce n’était pas seulement la croyance de M. Papon : c’était celle d’un grand nombre de ses collègues ; c’était celle de tous les esprits qui consentaient à réfléchir. Les journaux d’Outre-Rhin la partageaient : elle arrachait à l’un d’eux un cri de joie et de triomphe !… Rien ne trouble, rien ne déconcerte les sereines affirmations de M. Raynal :