Il est évident que l’engagement pris par un conseil d’administration, que des documents signés d’un président de conseil d’administration engagent la Compagnie d’une façon absolue et que, dès lors, comme les Compagnies elles-mêmes reconnaissaient qu’en matière de réductions de tarifs elles en étaient à leurs débuts, qu’elles faisaient aujourd’hui des réductions de tarifs qu’elles comptaient compléter si le jeu des Conventions ne venait pas leur imposer des sacrifices trop considérables, j’ai trouvé plus naturel d’accepter que les Compagnies ne fissent pas entrer dans le corps même de la Convention les concessions définitives et absolument sérieuses qui sont consignées dans les documents dont vous avez pris connaissance.
Définitives et sérieuses, en effet, ces concessions ! L’avenir l’a bien montré ! Voici la lettre que, le 5 mai 1885, la Compagnie de Lyon adressait au ministère :
« Monsieur le Ministre, vous nous demandez des modifications au projet de tarif ; le premier point dont nous ne pouvons, malgré tout notre bon vouloir, vous laisser espérer l’acceptation, c’est le barême no 1 de grande vitesse, que nous avions cru pouvoir promettre dans notre lettre de 1883 et que nous ajournons à des temps meilleurs. »
M. Raynal ne peut se plaindre ; on l’avait assez prévenu !…
Je ne puis vous donner lecture de toutes les plaintes désolées poussées par les chambres de commerce. Il faudrait une longue audience pour énumérer les mécomptes et les ruines, triste fruit d’une inexplicable étourderie. En voici un échantillon, rien qu’en ce qui touche Bordeaux. Je l’emprunte à la Victoire, journal dans lequel l’adversaire a confiance, puisqu’il m’en signifie les numéros (rires) :
« Les Conventions, a dit M. Raynal, sont le grand acte de mon règne. Par elles, nous sauvegardons la fortune publique et les intérêts de tous. »
La Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée, dont les nouveaux tarifs de transport sont en vigueur depuis le 20 septembre 1885 seulement, se charge de donner à M. Raynal le plus éclatant démenti.
M. Raynal. — Vous n’avez pas communiqué cela.
Me de Saint-Auban. — Je vous demande pardon ; je l’ai communiqué.
M. l’Avocat général. — C’est exact ; j’ai le document sous les yeux.
Me de Saint-Auban. — Je continue.