Que la justice de Dieu s’accomplisse, messieurs ! C’est son affaire et non la vôtre.

Et quant à la justice humaine, si les politiciens la veulent, ils se trompent de porte ici. Qu’ils s’adressent plus haut, à ceux qui les ont diffamés dans la presse, à la tribune du Parlement ! Qu’ils ne s’attaquent pas aux petits, aux impuissants, aux humbles ! Qu’ils n’offrent pas ce spectacle lamentable de gens qui, poursuivis par dix géants et par un nain, se cachent lâchement jusqu’à ce que les géants aient passé et tombent ensuite sur le nain auquel ils arrachent sa liberté et sa bourse pour se venger sur sa faiblesse de la peur atroce qu’ils ont eue !…

Pourquoi n’avoir pas pris les autres ? Pourquoi nous avoir choisis ? Ah ! je le sais ! Pour s’assurer une lutte inégale et se refaire à la veille des grandes élections une virginité politique avant de se présenter devant le corps électoral !…

Eh bien ! avocats généraux et bâtonniers peuvent se lever : je ne crois pas que le peuple les écoute. Il leur dira : Vos clients se trompent d’adversaires ; je ne leur permets point d’abuser d’un combat inégal pour fausser la page d’histoire qu’ils ne sauraient éviter ! Qu’ils demandent leurs comptes à d’autres, à leurs débiteurs véritables, à ceux qui ont des poumons pour répondre, du souffle pour les terrasser !…

Je ne sais pas, messieurs, quelles sont vos opinions ; je ne veux pas le savoir. Je ne suis pas un candidat ; je ne suis qu’un défenseur, et je vous dis que vous trahiriez la haute mission qui vous est confiée, si vous condamniez ces hommes pour donner à M. David Raynal un facile triomphe qu’il n’obtiendrait même pas, car votre verdict ne serait pour lui ni le verdict de l’Histoire, ni le verdict de la Patrie ! (Bravos et applaudissements prolongés).

LA POLITIQUE ET LA FINANCE

PROCÈS NUMA GILLY-SAVINE-SALIS

Cour d’assises de l’Hérault
Audiences des 14 et 15 mai 1889.

M. Salis, député de Montpellier, s’étant trouvé diffamé par un passage du livre de M. Numa Gilly, Mes Dossiers, édité par M. Savine, cita l’auteur et l’éditeur devant la cour d’assises de Montpellier.

M. Savine rendit hommage au plaignant dont les propres discours parlementaires fournirent à son avocat des armes pour montrer le discrédit que jettent sur tout un régime les louches pratiques des politiciens financiers.

M. Savine bénéficia des circonstances atténuantes et fut condamné à quinze jours de prison.

Messieurs les Jurés,