M. Paul Adam. — M. Paul Adam est le troisième témoin entendu. Voici ce qu’il répond aux questions du président :

Je ne connais pas Jean Grave. Je le vois ici pour la première fois. Mais ce que je puis dire, c’est que je serais très glorieux d’avoir écrit son livre.

M. Bernard Lazare. — M. Bernard Lazare, le dernier témoin, n’est pas moins bref ni moins crâne :

Je connais, dit-il, Jean Grave depuis quatre ans. Sa loyauté et sa probité sont au-dessus de toute discussion. C’est un écrivain de très grand talent. Son livre est un des plus beaux que je connaisse.

LE RÉQUISITOIRE

La parole est donnée à M. Bulot, avocat général. Son réquisitoire dure deux heures dix minutes exactement. Il se compose d’un grand nombre de citations du livre de M. Jean Grave. Les citations ont donné à l’assistance l’impression d’un livre de doctrine, toujours vigoureux, souvent hardi jusqu’à l’outrance, mais gardant, malgré tout, la saveur d’une forte logique et d’une rare sincérité.

Le verdict du jury ayant été affirmatif, mais mitigé par des circonstances atténuantes, la cour a condamné Jean Grave au maximum de la peine applicable, c’est-à-dire deux ans de prison et mille francs d’amende.

Messieurs les Jurés,

Quelques-uns d’entre vous ont siégé dans le procès de Léauthier ; ils contrôleront mes souvenirs.

Hier, à trois heures, M. l’avocat général disait : « Messieurs les Jurés, Léauthier est un misérable ! Frappez-le sans pitié ! » Et il requérait contre Léauthier la peine de mort.

Aujourd’hui, à la même heure — après un jour de réflexion — M. l’avocat général a dit : « Messieurs les Jurés, vous n’avez pas condamné Léauthier à la peine de mort ; comme vous avez bien fait ! Votre clémence est de la justice ! »