[5] V. infrà, Les trafics de l’Élysée : affaire Wilson-Ratazzi, p. [39] et suiv.
Après l’affaire Wilson, tous les soupçons étaient possibles. On soupçonna avec fureur ; et, quand parut la brochure de M. Numa Gilly, Mes Dossiers, on la prit, d’abord, au sérieux. On y trouvait des accusations ridicules à force d’énormité ; mais rien ne semblait plus énorme que les corruptions entrevues.
Devant le jury de Bordeaux, auquel M. David Raynal déféra le livre[6], un avocat général distingué essaya de réagir contre l’irrespect grandissant.
[6] V. infrà, Les Grandes Conventions de 1883 ; affaire Numa Gilly-Savine-Raynal, p. [73].
— « Non, s’écria-t-il au cours d’un beau réquisitoire, un ministre ne se vend pas ! La concussion n’est pas possible ! »
Mon oreille a gardé l’écho de sa voix indignée, et je me souviens de son geste. Il s’était retourné vers la salle et regardait éloquemment un officiel personnage, comme pour le prendre à témoin de la vérité de son dire. Le personnage était M. Baihaut…
Le 11 janvier 1893, à la première chambre de la Cour d’appel de Paris, M. Charles de Lesseps révélait à tous cette honte :
— « En 1886, nous étions en instance auprès du gouvernement au sujet de notre émission des obligations à lots.
« M. le ministre Baihaut nous a fait demander par un intermédiaire qu’il fût mis à sa disposition UN MILLION payable par acomptes depuis le dépôt du projet jusqu’au vote de la loi. 375.000 francs furent remis à l’intermédiaire. L’entreprise ayant avorté, le reste n’a pas été payé ! »