Léauthier a lu des brochures de M. Grave ; mais précisément, il n’a pas lu La Société mourante et l’Anarchie !
D’ailleurs, Léauthier est facile à provoquer ! Parmi les brochures dont il faisait son régal quotidien figure l’Intransigeant — il l’a dit à l’instruction. Or, les journaux de M. Rochefort ne sont pas des journaux anarchistes ! Ce sont d’excellents journaux ! Je suis bien forcé de le croire, puisque M. Antonin Dubost, garde des sceaux et supérieur hiérarchique de M. l’avocat général, les a autrefois sauvés, tant il avait pour eux d’estime !… (Hilarité générale).
La provocation ! Elle est toute relative. Elle est toute subjective. Elle dépend du cerveau qui en est l’objet. Avec votre système, Monsieur l’Avocat général, il n’est pas une page de polémique, un article de combat qui ne puisse être envisagé comme une provocation ! Quand je dénonce les bandits de la Haute Banque, les scélérats de la finance qu’oublient vos réquisitoires, je provoque le peuple à les maudire, à les haïr ! Allons ! soyez logiques : arrachez-moi au banc de la défense ! asseyez-moi au banc des accusés !…
La vérité, c’est que le livre n’est pas la cause de la bombe ; mais la bombe, comme le livre, sont l’une et l’autre, les produits d’une cause antérieure et supérieure : et cette cause, c’est la désespérance, la grande maladie du siècle !
Votre Révolution avait promis le bonheur au prolétaire : le prolétaire fut victime d’une immense escroquerie : La bourgeoisie avait volé, lui promettant de partager avec lui le produit du vol ; la bourgeoisie ne tint pas sa parole : elle garda pour elle tout le fruit de ses rapines !
Non seulement elle ne donna rien au prolétaire, mais elle trouva le moyen de le dépouiller encore : elle tarit dans son âme la source des résignations.
Le prolétaire vit qu’à la noblesse vêtue de soie, qui jadis succéda elle-même à la noblesse vêtue de fer, avait succédé une troisième noblesse, plus impitoyable et plus oppressive encore que les deux autres : la noblesse cuirassée d’or !
En fait de pain et d’abri, cette troisième noblesse offrit Mazas au prolétaire !
Oui, notre société démocratique offrit le même toit aux pauvres et aux malfaiteurs !
A ses yeux, les deux plus grands crimes furent le défaut de logement et l’absence de porte-monnaie !… (Mouvement).