« Avec le développement de la production capitaliste, l’opinion publique européenne a dépouillé son dernier lambeau de conscience et de pudeur. Chaque nation se fait une gloire cynique de toute infamie propre à accélérer l’accumulation du capital. »
Et le même Flaubert, froidement impitoyable, résume la situation du monde moderne en ces termes qui flétrissent, qui crachent à la face de la Société :
« Nous dansons, non pas sur un volcan, mais sur la planche d’une latrine qui m’a l’air passablement pourrie. »
Qu’eût dit Flaubert aujourd’hui, après tant d’infamies, de corruptions, de turpitudes !
Quelles couleurs ce styliste eût trouvées sur sa palette pour peindre ce tableau de hontes et d’ignominies !…
Comme le dit M. Louis de Grammont, à chaque terme, la grande maladie sociale prend un caractère plus aigu.
De lugubres scènes s’ajoutent au drame du prolétariat. — Qui sera l’Homère effrayant de cette lamentable Iliade ?…
Oui, Baudelaire a raison :
« Il est impossible, à quelque parti qu’on appartienne, de quelques préjugés qu’on ait été nourri, de ne pas être touché du spectacle de cette multitude maladive, respirant la poussière des ateliers, avalant du coton, s’imprégnant de céruse, de mercure et de tous les poisons nécessaires à la création des chefs-d’œuvre ; dormant dans la vermine au fond des quartiers où les vertus les plus humbles et les plus grandes nichent à côté des vices les plus endurcis et des vomissements du bagne ; de cette multitude soupirante et languissante à qui la terre doit ses merveilles, qui sent un sang vermeil et impétueux couler dans ses veines, et qui jette un long regard de tristesse sur le soleil et l’ombre des grands parcs. »
Faut-il s’étonner si le cri de douleur se change en cri de révolte !