« Qu’importe que ce soit un sabre ou un goupillon ou un parapluie qui nous gouverne ! — C’est toujours un bâton !… » (Rires).
Comme votre accusation est logique, Monsieur l’Avocat général ! Vous reprochez à M. Grave d’avoir provoqué au vol ! Qu’est donc ce nouveau délit ?
M. Grave a-t-il provoqué au pillage de votre maison ?
Non, n’est-ce pas ? Vous le proclamez incapable de songer au bien d’autrui !
Mais M. Grave est partisan du communisme : il veut abolir la propriété bourgeoise, il croit que la révolution prochaine aura pour mission de l’abolir ; c’est sa doctrine — fausse peut-être — mais enfin une doctrine dont il n’est pas le promoteur ; Proudhon et beaucoup d’autres l’inventèrent avant lui.
Voilà pourtant le délit dont l’accuse votre parole ! Rêver une société autre que celle où vous régnez, c’est provoquer au vol ! C’est être un criminel !
Mais alors, mettez Jean-Jacques Rousseau à côté de Jean Grave !
Cela vous peine, Monsieur l’Avocat général ? Jean-Jacques Rousseau est le père de la Révolution dont vous êtes le fils ; Jean-Jacques Rousseau est donc votre grand-père ; vous le voyez, je vous laisse en famille ; n’ayez crainte, je vous y laisserai tout le temps… (Hilarité).
Jean-Jacques Rousseau a écrit ;
« Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : « Ceci est à moi », fut le vrai fondateur de la société civile ! Que de crimes, de misère et d’horreur eût épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux et comblant les fossés, eut crié à ses semblables : « Gardez-vous d’écouter cet imposteur, vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la terre n’est à personne. »