Retenez cela, Messieurs les Jurés. Il faudra vous demander si, abstraction faite de ses idées et des écrits qui les expriment, Jean Grave a commis un « acte », et cet acte, par définition et par hypothèse, ne peut être que la fondation d’une société de malfaiteurs, ou l’affiliation à cette société.

Je dis : abstraction faite de ses idées et des écrits qui les expriment. Car les questions qu’on vous pose ne vous chargent pas d’examiner la moralité ou le danger de ces écrits.

Ces écrits ne relèvent ni de votre examen ni de votre juridiction.

Ceux qui semblaient coupables ont été punis par des condamnations précédentes.

Les autres sont :

Ou la brochure de 1883 publiée sous le pseudonyme Jehan le Vagre ;

Ou les articles parus dans le Révolté jusqu’en 1887 ;

Ou les articles parus dans la Révolte jusqu’en 1893.

Si, volontairement, on ne les a pas poursuivis, c’est qu’apparemment ils ne tombaient pas sous le coup des lois existantes ; et, si on a oublié de les poursuivre, ils sont je ne sais combien de fois couverts par la prescription.

Quant aux écrits futurs, vous n’avez à vous en préoccuper ni au point de vue juridique ni au point de vue moral.