BDÉLYCLÉON.
Je mets là aussi un réchaud, avec un poêlon de lentilles, si tu veux prendre quelque chose.
PHILOCLÉON.
Fort bien encore! Et, dis-moi, quand même j'aurais la fièvre, je toucherais toujours mon salaire? Et ici je pourrai, sans quitter mon siége, manger mes lentilles. Mais à quoi bon ce coq, perché là près de moi?
BDÉLYCLÉON.
Si tu viens à dormir pendant les plaidoiries, il te réveillera en chantant de là-haut.
Ainsi tout est disposé pour le mieux.
Une cause se présente, à souhait. Le chien Labès vient de voler un fromage de Sicile. L'allusion était claire pour les contemporains: le général Lachès, commandant une flotte envoyée en Sicile, avait gardé pour lui une partie, soit du butin, soit de l'argent destiné à entretenir les troupes. La plaisanterie avait, comme on voit, plus de portée que celle du chien Citron et de son chapon, dans la comédie de Racine. La pièce des Plaideurs ne tourne en ridicule que les travers littéraires et extérieurs du barreau; la comédie d'Aristophane met en scène une affaire politique, à la suite d'une discussion sociale.
L'abbé Galiani, dans ses lettres, écrites de Naples à Mme d'Épinay, parle de deux chiens condamnés à mort par autorité de justice, et exécutés par la main du bourreau, pour avoir mordu un enfant. Ainsi la fiction du poëte grec, quelque fantastique qu'elle puisse paraître dans sa bouffonnerie, est égalée par la réalité.
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