[LIGUE ANTIMASCULINE]

Si j'avais seulement trente ans de moins, je me sentirais infiniment flatté par la création de cette nouvelle ligue. Même à mon âge, je suis flatté encore. Je suis flatté solidairement. Cela ne me regarde plus, mais cela regarde le sexe auquel j'appartiens encore officiellement.

Cette ligue qui vient de se fonder à Londres est tout simplement, comme l'indique très bien son titre, une «Société pour développer chez les femmes l'indifférence à l'égard des hommes».

Ai-je bien dit que c'était flatteur? Les charmes des hommes sont si puissants, la fascination qu'ils exercent est si forte, le prestige qui émane d'eux est si dominateur, que les femmes indifférentes à l'égard des hommes,—remarquez ceci,—les femmes indifférentes à l'égard des hommes, sentent le besoin de fortifier leur indifférence, par l'association, de se confirmer et renforcer dans leur indifférence, de se serrer les coudes, de se prendre les mains, de presser en faisceau et de se former en carré pour résister au prestige, pour faire face à la fascination et pour être bien sûres de leur indifférence.

Que serait-ce si elles n'étaient pas indifférentes? Quel effort leur faudrait-il? Quelle organisation militaire, impérieuse et despotique leur serait nécessaire et probablement insuffisante? En vérité, voilà qui est pour chatouiller l'orgueilleuse faiblesse du sexe barbu; c'est à cette fois qu'il doit se sentir le sexe fort.

Jusqu'à présent on croyait, nous croyions,—ce qui tendrait, contre toutes les apparences, à prouver que nous sommes modestes,—on croyait, nous croyions qu'il y avait des femmes parfaitement indifférentes à l'attrait du genre masculin. Nous pouvons commencer à croire qu'il n'en est rien et nous avons ici, sous les yeux, comme une confession, comme un aveu, involontaire, peut-être, mais d'autant plus significatif, de la faiblesse féminine.

«Vous êtes une indifférente, Madame?

—Oui, Monsieur, je suis une indifférente, je suis parfaitement indifférente.