Donc les dames veulent un endroit où elles puissent causer entre elles, sans que, sous aucun prétexte, un homme puisse entrer. De là l'idée du café pour femmes; de là, maintenant, l'idée du cercle féminin. J'en ai dit assez pour montrer qu'elle est très rationnelle, très juste, très saine et très philanthropique. Je souhaite vivement qu'elle aboutisse.

Pour qu'elle aboutît, il faudrait la concevoir d'une manière très large. Il faudrait que les isolées en formassent, comme j'ai dit, le noyau solide et consistant. A elles s'adjoindraient les dames qui, non isolées, ayant un foyer, et très aimé et auquel elles tiennent, veulent simplement avoir leur cinq heures quelque part, à l'abri des importuns, et c'est-à-dire ailleurs que chez elles; car il n'y a qu'en sa maison qu'on n'est pas chez soi; chacun sait cela.

Les dames de la première catégorie et aussi de cette seconde devraient une cotisation assez forte: car elles sont toutes assez fortunées, et celles qui ne le sont pas trouveraient dans les bénéfices de la vie en commun une compensation très large, je pense, du sacrifice une fois fait par la cotisation un peu forte.

Il faudrait faire une concession pour les dames laborieuses et peu fortunées, pour qui le cercle ne serait qu'un refuge et un lieu de repos entre deux courses ou deux leçons. Il faudrait qu'elles n'eussent entrée au cercle que pendant un nombre d'heures limité (de midi à six heures, par exemple), moyennant quoi, et ainsi distinguées des autres, elles ne verseraient qu'une demi-cotisation ou même beaucoup moins; il faudrait, en un mot, que, très sévère au point de vue de la moralité, le cercle fût très large, très libéral et très égalitaire au point de vue de la fraternité féminine et de la protection de la femme par la femme, se modelant, à peu près, sur les mess d'officiers, où tout le monde a les mêmes avantages et où chacun verse selon le traitement de son grade.

J'aimerais un cercle féminin où la grande dame isolée donnerait des fêtes charmantes de sept heures à minuit; où la grande dame ayant son foyer recevrait brillamment ses amies, de quatre à six, et où l'institutrice et même—parfaitement—la «midinette» honnête et dûment constatée comme telle, moyennant une cotisation annuelle modérée, prendrait tous les jours son déjeuner de quinze sous proprement servi.

Cela peut parfaitement être réalisé avec un peu de bonne volonté et quelques exemples venant de haut, comme il faut toujours.

La protection de la femme par la femme, ai-je dit plus haut. La protection de la femme par la femme, il n'y a que cela pour la protection de la femme. «Oh! mes amis, disait Voltaire aux hommes de son temps... Oh! mes amies, dirai-je aux femmes du mien, aimez-vous les unes les autres. Sinon, qui vous aimera?»


[LES SURPRISES DU DIVORCE]