Eh bien! Alors!... S'il faut du génie pour être commis principal des contributions indirectes et si les femmes en sont incapables, que craignez-vous? Il n'y a aucun inconvénient à leur permettre des fonctions qu'elles ne pourront pas remplir. La force des choses, au défaut de la loi, les empêchera de les exercer, et il n'est aucun besoin d'une loi là où la force des choses suffit. Si j'étais, d'une part, antiféministe et, d'autre part, convaincu de l'infériorité radicale de la femme, je dirais:

—Laissez les femmes devenir docteurs. Comme elles ne pourront pas être médecins, ça m'est bien égal.

Notez que, moi, je suis convaincu de l'incapacité de la plupart des femmes à exercer les professions masculines un peu élevées. J'en suis convaincu. Seulement comme je suis convaincu aussi de la parfaite aptitude d'un certain nombre de femmes à remplir ces mêmes fonctions, je dis: il ne faut pas empêcher celles-ci de les remplir, si elles en ont besoin pour gagner leur vie; ce serait un simple assassinat. Donc accordons le droit à toutes; car ce n'est que l'épreuve, que la pratique, qui fera le départ entre les capables et les incapables; accordons le droit à toutes; nous ne pouvons pas faire autre chose. A l'user elles verront, chacune pour chacune, si elles sont aptes ou ne le sont pas. Mais le droit doit être pour toutes, à moins qu'il ne soit prouvé que toutes sont des incapables. Qu'elles soient toutes incapables, c'est l'idée précisément de M. Joran; mais d'abord elle est fausse, à mon avis; et, ensuite, si elle est vraie, je reviens, et je dis: si les femmes sont toutes incapables d'être médecins, rien de plus inutile que de mettre dans la loi qu'elles ne seront pas docteurs.

C'est ce qui m'a fait toujours dire: il faut accorder aux femmes tous les droits en leur conseillant de ne pas en user. Certainement! Il faut accorder aux femmes tous les droits parce qu'il y en a quelques-unes qui pourront en user et qui, à en user, se tireront de la misère ou éviteront la honte.

Et il faut leur conseiller de ne pas en user, parce que la plupart feraient un effort inutile en en usant.

Je ne peux pas supporter cette façon de raisonner: «Les enfants aussi sont les égaux des grandes personnes. Votre mioche de trois ans est votre égal à vous, Monsieur son père? Il a des droits même avant que de naître. Pourtant accordons-nous aux enfants moins de liberté qu'à nous-mêmes? Pourquoi? De peur qu'ils en usent mal, tout simplement. Et il en est ainsi de tout ce qui est mineur ou s'en rapproche (souligné par l'auteur) soit par la faiblesse, soit par l'ignorance, soit par l'inexpérience, soit par une infériorité quelconque...»

—Voilà l'axiome, le dogme, l'inconcussum quid: la femme est toujours un animal inférieur; voici la conclusion: «Supposons cette chimère de l'égalité réalisée. Voilà les époux sur le même pied, exactement... Que va-t-il se passer? A moins de dissolution de la communauté effondrée dans l'anarchie, il se passera ceci de très simple et de très prévu que la femme se subordonnera d'instinct à l'homme, spontanément.»

Eh bien! Alors!... Si vous êtes persuadé que l'article «obéissance de l'épouse à l'époux» aboli, la femme obéira à l'époux non pas autant, mais plus qu'auparavant («d'instinct, spontanément»), pourquoi diable tenez-vous à l'article en question?