Plus bas, en caractères plus petits, était imprimé un boniment éblouissant de promesses, expliquant l'impérieux besoin qui se faisait sentir de la Société des Pétroles de Pensylvanie, la nature de ses opérations, les immenses services qu'elle était appelée à rendre, et surtout les bénéfices merveilleux qu'elle ne pouvait manquer de procurer à ses actionnaires.
Venait ensuite une monographie du Pétrole, où il était démontré clair comme le jour que cet admirable produit présente sur l'huile ordinaire une économie de plus de soixante pour cent, qu'il donne une lumière d'une pureté et d'un éclat sans pareils, qu'il brûle sans odeur, et enfin, qu'il est surtout—quoi qu'en disent les intéressés, parfaitement inoffensif et particulièrement inexplosible.
«Avant vingt ans, concluait le rédacteur, dans un accès de lyrisme prophétique, avant vingt ans le pétrole aura remplacé tous les luminaires primitifs et détrôné tous les combustibles grossiers et encombrants...
«Avant vingt ans, le monde entier s'éclairera et se chauffera au pétrole, et les puits de Pensylvanie sont inépuisables!»
Un éloge du directeur-gérant, M. le comte de la Ville-Handry, couronnait l'œuvre, éloge adroit qui, après l'avoir qualifié d'homme providentiel, rappelait sa grande fortune et insinuait qu'avec un gérant si riche les actionnaires ne risquaient rien...
Mlle Henriette était atterrée.
—Voilà donc, murmura-t-elle, le but où tendaient Sarah Brandon et ses complices... Mon père est ruiné!...
Que M. de la Ville-Handry hasardât au jeu terrible de la spéculation tout ce qu'il possédait, Mlle Henriette se le fût encore expliqué.
Ce qu'elle ne pouvait comprendre, c'était qu'il eût assumé toute la responsabilité d'une entreprise si aléatoire, et les risques terribles d'un revers.
Comment lui, si entiché de ses préjugés nobiliaires, consentait-il à attacher son nom à une opération industrielle!...