Il avait fallu, pensait Mlle Henriette, des prodiges de patience et de ruse, pour lui arracher ce sacrifice, négation des idées de sa vie entière... On avait dû le harceler longtemps et exercer sur sa volonté une pression terrible...

Elle fut donc véritablement confondue, lorsque, deux jours plus tard, elle se trouva témoin d'une discussion presque vive entre son père et la comtesse Sarah, précisément au sujet de ces fameuses affiches qui inondaient alors Paris et la France...

La comtesse Sarah semblait désolée de cette entreprise, et toutes les objections qu'eût souhaité présenter Mlle Henriette, elle les présentait avec l'autorité que lui donnait l'amour du comte.

Elle ne concevait pas, disait-elle, que son mari, un gentilhomme, se mêlât de tripotages d'argent... N'en avait-il donc pas assez! Serait-il plus heureux ou plus considéré quand il aurait doublé ou même triplé ses deux cent cinquante mille livres de rentes...

Lui, à toutes ces observations, souriait doucement, tel qu'un grand artiste aux puériles critiques d'un ignorant... Et quand la comtesse s'arrêta, de ce ton emphatique qui trahissait sa prodigieuse infatuation, il daigna lui expliquer qu'en se lançant dans le mouvement, lui, un représentant de la plus vieille noblesse, il prétendait donner un grand exemple... Il n'avait nul souci du lucre, affirmait-il, et ne songeait qu'à rendre un grand service à son pays.

—Trop périlleux, le service! ripostait la comtesse Sarah. Si vous réussissez, comme vous l'espérez, qui vous en saura gré? Personne. Et même, si vous parliez de votre désintéressement, on vous rirait au nez. Si l'affaire échoue, au contraire, qui sera ruiné?... Vous. Et on vous appellera maladroit, par dessus le marché.

Imperceptiblement M. de la Ville-Handry haussa les épaules, et prenant la main de sa femme:

—M'aimeriez-vous donc moins, demanda-t-il tendrement, si j'étais ruiné?...

Elle attacha sur lui ses beaux yeux chargés de passion, et d'une voix émue:

—Dieu m'est témoin, mon ami, répondit-elle, que je serais heureuse de prouver que l'intérêt n'était pour rien dans notre mariage...